Zone euro : le malade bouge encore
Sandra Moatti
Article Web - 31 mai 2012
Non, l'euro n'a pas dit son dernier mot. Revue de détail des raisons qu'il y a encore d'espérer une sortie par le haut de la crise.
Il reste quelques raisons de ne pas désespérer de l’euro. Ce qui est encourageant, ce n’est pas tant qu’on ait parlé de la nécessité d’un plan de croissance européen au G8 ou au sommet européen informel du mercredi 23 mai. La faiblesse de la croissance dans la zone euro est depuis longtemps un sujet d’inquiétude hors d’Europe, pour les Etats-Unis, pour le Fonds monétaire international (FMI). En Europe même, il y avait eu cette lettre du 20 février dernier signée par treize chefs de gouvernement et adressée à Hermann von Rompuy, le président de l’Union, en appelant à un plan européen en faveur de la croissance. Puis le plaidoyer de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), pour un « pacte de croissance ». Et la Commission planche depuis plusieurs mois sur des instruments de relance de l’investissement au niveau européen.
Ce qui a changé, fondamentalement, c’est que l’Allemagne n’est plus en position de force. Cela est dû en partie, mais en partie seulement, à l’élection de François Hollande. Il y a aussi des événements de la scène intérieure allemande : l’échec du parti majoritaire aux élections locales en Rhénanie du Nord-Westphalie, le fait que la chancelière ait besoin du SPD pour faire approuver le nouveau traité européen. Mais ce qui parle le plus fortement contre la position allemande actuelle, c’est l’approfondissement de la crise dans la zone euro. Une croissance en berne, 17 millions de chômeurs, soit 5,2 millions de plus qu’il y a cinq ans, des taux d’intérêt sur les dettes publiques espagnoles et italiennes repartis à la hausse, et puis bien sûr le peuple grec qui ne veut plus jouer le jeu. Ce fiasco est la preuve de l’échec de la stratégie suivie jusqu’ici.
Trois idées fausses
Cette stratégie repose sur trois idées ineptes. La première, c’est que ce sont les déficits publics qui sont à l’origine de la crise et qu’il faut donc les faire disparaître au plus vite. D’où une austérité budgétaire à marche forcée visant à ramener les déficits sous les 3 % en 2013 et à l’équilibre en 2016… Avec un résultat complètement contreproductif : qui sème l’austérité récolte la récession… et manque ses objectifs budgétaires.
La deuxième idée, c’est de se servir de la pression des marchés pour obliger les pays du « club med » à se serrer la ceinture… On les aide donc toujours a posteriori et de manière leur tenir à peine la tête hors de l’eau mais rien de plus … Sauf que voilà : ils boivent la tasse… et menacent d’entraîner toute la construction monétaire dans leur noyade.
La troisième idée : plutôt que d’alléger le fardeau des Etats, on aide massivement les banques. Depuis décembre dernier, la BCE leur a prêté plus de 1 000 milliards d’euros, pour une durée de trois ans, au taux dérisoire de 1 %. Mais pour autant les banques ne se sont pas mises à prêter à l’économie : la zone euro dans son ensemble est dans une situation de contraction du crédit. Pire, cette politique crée une situation malsaine dans laquelle les banques tardent à restructurer leurs bilans, voire se fragilisent encore davantage en se chargeant de titres publics.
Donc manifestement, il faut s’y prendre autrement. Que faut-il faire ? C’est là évidemment que ça devient plus compliqué…
On a le sentiment que tout est bloqué parce que la France pousse l’idée des euro-bonds, c'est-à-dire d’une mutualisation d’une partie des dettes des Etats européens, alors que l’Allemagne a fait comprendre très clairement qu’elle n’en voulait pas…
Pourtant, derrière ce débat, qui à court terme n’est sans doute pas le bon, il y a des choses qui peuvent potentiellement bouger très vite, qui ont déjà commencé à bouger…
Des propositions qui font consensus
En matière d’impulsion budgétaire commune, les propositions de la Commission font quasiment consensus. Elles n’attendent qu’une volonté politique pour être mises en œuvre. De quoi s’agit-il ?
- L’augmentation de capital de la Banque européenne d’investissement (BEI) : 10 milliards d’augmentation de capital permettraient 60 milliards de crédits en plus.
- Le redéploiement des fonds structurels : il reste 82 milliards à dépenser d’ici à 2014. Aujourd’hui, ces fonds risquent d’être perdus parce qu’ils fonctionnent sur un principe de cofinancement et que les Etats n’ont pas les moyens de payer leur part. On pourrait les utiliser à condition d’abaisser le taux de cofinancement.
- La taxation des transactions financières permettrait, estime-t-on, de ramener plus de 50 milliards d’euros de recettes annuelles.
- Et enfin, les project bonds, ou obligations de projet consistent à émettre des titres de dette européenne (euro-obligations) pour financer des grands projets dans le domaine de l’énergie, des transports, des télécommunications… Pour commencer, la BEI pourrait recevoir 230 millions de la Commission, qui lui permettrait de lever 1,5 milliard auprès des investisseurs privés. Si ça marche, on pourrait aller beaucoup plus loin.
Il est de bon ton de balayer tous ces instruments d’un revers de main en disant que ce sont de petits divertissements keynésiens, qui ne sont pas à la mesure du problème. Enfin, si on met tous ces bouts de chandelle bout à bout, on arrive à un total qui dépasse les 2 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro. C’est loin d’être insignifiant. Et si on cible ces investissements sur les pays les plus en difficulté, on peut arriver à donner une véritable impulsion. Sur l’utilité de ces investissements, rappelons simplement que la transition énergétique suppose des investissements énormes, dont on peut dire sans grand risque de se tromper qu’ils seront doublement bénéfiques, parce qu’ils permettront non seulement de créer de l’activité mais aussi de réduire la facture énergétique de l’Europe.
A court terme, cependant, le plus décisif sur le plan budgétaire serait de renégocier le calendrier de retour à l’équilibre. Pour éviter de jeter le discrédit sur les pays les plus difficultés, il faudrait bien sûr que cela procède d’une décision collective, prise en amont, non pas une fois que les objectifs auront été manqués.
Mutualiser l’aide aux banques
Sur le volet bancaire aussi il faut une réorientation complète et ça on en parle moins, mais c’est sans doute encore plus important à court terme pour enrayer la crise.
Plutôt que de prêter aveuglément des milliards aux banques, mieux vaudrait mutualiser l’aide au secteur bancaire. Aujourd’hui ce qui fragilise un pays comme l’Espagne, c’est l’état de ses banques. La restructuration du secteur bancaire espagnol devrait cesser d’être uniquement le souci de l’Etat espagnol. Le FESF ou demain le MES devrait pouvoir recapitaliser directement les banques espagnoles. La dimension communautaire de la supervision devrait aussi être renforcée et il devrait y avoir un système commun de garantie des dépôts (ça éviterait que les Grecs retirent massivement leurs dépôts des banques). Une telle union bancaire n’est après tout que le pendant logique de l’Union monétaire. Mais cela suppose évidemment que les Etats acceptent de perdre l’influence qui leur reste sur leur secteur bancaire.
Le levier monétaire
Le dernier levier d’action est monétaire. Les Européens sont les seuls au monde à ne pas comprendre que la monnaie est faite pour être manipulée. Ça ne veut pas dire faire n’importe quoi, mais savoir s’en servir.
La zone euro a besoin d’abaisser la valeur de sa monnaie par rapport à celle de ses partenaires extérieurs : la croissance est ailleurs, il faut aller la chercher là où elle est, et pour ça, un euro plus faible est un allié hors pair. Une baisse de 10 % du cours de l’euro contre l’ensemble des monnaies partenaires, c’est en gros, un point de croissance en plus. A quelque chose malheur est bon : la crise a pour effet positif de faire chuter l’euro.
La zone euro a aussi besoin d’une dévalorisation de ses dettes à la fois publiques et privées. Pour ça, une petite dose supplémentaire d’inflation serait bienvenue. Le problème – enfin un des problèmes de la zone euro – c’est que les pays qui ont accumulé le plus de dettes sont aussi ceux qui ont le plus de besoin de rétablir leur compétitivité. S’ils baissent les salaires, les dettes passées pèsent de plus en plus lourd… Pour sortir de là, il faut qu’ils puissent regagner en compétitivité sans baisser les salaires : pour ça, il faut que les pays excédentaires augmentent les leurs. Là aussi, les choses bougent un peu en Allemagne, avec l’augmentation des salaires des fonctionnaires (+ 6,3 % sur deux ans), et l’accord obtenu par IG metal (4,3 % pour 3,5 millions de salariés). Et avec ça, le ministre des Finances allemand et le président de la Bundesbank admettent que leur pays puisse avoir une inflation plus forte que la moyenne de la zone euro.
Bref, tout n’est pas perdu…
Sandra Moatti
Article Web - 31 mai 2012
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En effet, la dette globale de l'Europe est d'environ 28.000 milliards d'euros. Les propositions cités ci-dessus agissent sur quelques centaines de milliards (en très grossière estimation).
Historiquement les cas les plus proches dans l'histoire depuis au moins le moyen-age, se termine soit par une guerre, soit par une dépréciation de la monnaie, qui dans ce dernier cas implique, pour les pays importateurs net une inflation importante et une baisse d'activité significative.
Pourquoi l'euro n'est pas dévalué ? Par ce que les interêts des pays en Europe sont trop divergents, ils ont des économies trop différentes (niveau d'activité, indépendance, fiscalité, etc.).
Donc les pays méditerranéens vont sortir de l'euro, probablement avant la fin de l'année. Chacun retrouvera sa monnaie avec une parité dégradée.
Le point le plus juste dans l'article, à mon sens, est l'incapacité de notre gouvernement européen (conseils et commissions) à faire autre chose que du clientélisme et de la pratique libérale en fidèles laquais des américains.
Quelques sources instructives :
- Je vous invite à prendre connaissance des interventions de Olivier Delamarche sur BFM Business (le mardi à 11h30, ou en webcast) qui explique avec suffisamment de détail la situation.
- Pour le rôle des USA sur les institutions Européennes : Egalité et réconciliation, Rue89, les vidéoconférences de Mr Asselineau d' l'UPR (http://www.u-p-r.fr)
Pire, au lieu de rapprocher les peuples, comme cela devait être sa fonction, l'euro accroît les haines et les inimitiés, ainsi qu'en témoignent les propos colportés entre la Grèce et l'Allemagne. De vieilles haines remontent à la surface et tout porte à croire qu'elles vont se renforcer encore dans le futur.
Apporter de la flexibilité est probablement la meilleure solution pour résoudre la crise et apporter de la croissance. Pour cela, il faut sortir de l'euro tel qu'il existe aujourd'hui et revenir à des modèles qui ont fait leurs preuves. Cela implique de sortir des crispations intellectuelles, de reconnaître les erreurs et d'ouvrir les yeux. Mais les blocages de l'intelligence sont souvent ceux qui sont les plus difficiles à surmonter. Il faut dépasser les peurs et les appréhensions, regarder les faits comme ils sont et se dire parfois que nos rêves étaient erronés.
Nous ne sommes pas dans une crise classique mais à la limite extrême du modèle de monnaie non gagée sur des bien physiques. Nier l’ampleur de la manipulation monétaire est gravissime. Les petits coups de baguette magique, le tandem dévaluation-inflation – sont catastrophiques. La dévaluation va accroitre notre facture d’importations en particulier énergétique et l’inflation érode le pouvoir d’achat des ménages. En matière d’inflation, avec le partage actuel de la valeur ajoutée, les salaries auront toujours un temps de retard.
Il est urgent de restaurer la confiance dans la vraie valeur de la monnaie en restaurant les comptes publics, sans pour autant imposer une purge drastique, provisionner l’ensemble de dettes publiques et privées à leurs justes valeurs et accroire les prélèvements, là encore sans tuer dans l’œuf l’activité.
Quant à l’aide aux banques, elle ne peut être cohérente que si assortie d’une obligation de prêter aux clients et entrepreneurs de détail et non pas pour se ruer sur les adjudications souveraines et entretenir le « crowding out effect ». Il est ubuesque de voir les taux français aussi bas alors que tout le monde a peur de la masse de dette publique accumulée en France. Au royaume des aveugles…
Cet article ne prouve une fois de plus que personne ne comprend que nous sommes à la limite extrême du modèle et que les outils classiques ne marchent plus. Désolant de naïveté…
D'autant que l'euro ne fait que nous enfoncer dans la crise de par les moyens d'action que sa construction interdit ; or s'enfoncer n'est pas "sortir par le haut" !
D'autant que l'euro ne fait que nous enfoncer dans la crise de par les moyens d'action que sa construction interdit ; or s'enfoncer n'est pas "sortir par le haut" !
D'autant que l'euro ne fait que nous enfoncer dans la crise de par les moyens d'action que sa construction interdit ; or s'enfoncer n'est pas "sortir par le haut" !
D'autant que l'euro ne fait que nous enfoncer dans la crise de par les moyens d'action que sa construction interdit ; or s'enfoncer n'est pas "sortir par le haut" !
D'autant que l'euro ne fait que nous enfoncer dans la crise de par les moyens d'action que sa construction interdit ; or s'enfoncer n'est pas "sortir par le haut" !