Violence ordinaire dans l'Algérie coloniale. Camps, internements, assignations à résidence
Odile Jacob, 2012 (384 p., 25,90 euros).
Serge Cordellier
Alternatives Internationales n° 054 - mars 2012
Dans un livre très dense, documenté, intelligent et exigeant, Sylvie Thénault traite de la pratique de l'internement au cours de l'histoire coloniale de l'Algérie. L'auteur décrit précisément la nature de ces lieux d'enfermement spécifiques à la situation coloniale, comme par exemple la prison de Barberousse aussi appelée Serkadji, et le pouvoir extrajudiciaire dont disposait le gouverneur général en la matière. L'internement administratif, que des observateurs de l'époque qualifièrent de " monstre juridique ", était dès l'origine une composante du régime de l'indigénat.
Au tournant des XIXe et XXe siècles, l'internement en Algérie pouvait prendre trois formes : la détention dans un pénitencier " indigène " sous administration militaire, l'envoi au " dépôt " des " internés arabes " à Calvi (Corse), la mise en surveillance spéciale (assignation à résidence dans une localité). Sans oublier les amendes collectives et individuelles, le séquestre des biens, la prison.
L'auteur précise que l'entre-deux-guerres correspond à la mise en place de formes répressives nouvelles évoluant vers un " régime policier de surveillance " en vue de contrôler et de démanteler les organisations activistes alors en développement.
A la veille de la Seconde Guerre mondiale, avec la retirada (retraite) des républicains espagnols vaincus par les putschistes de Franco, la question de l'internement connaît un nouveau développement avec l'apparition de camps, principalement dans le sud de la France, mais aussi en Algérie.
A partir de 1941, neuf " centres de séjour surveillé " ont fonctionné sur le territoire algérien.
Autre phase, celle de la " guerre pour l'Algérie française [qui] a pris dès le début la forme d'une vaste opération policière, usant d'emblée de la torture ". Fin 1958 existaient onze " centres d'hébergement ", gérés par l'autorité civile. Où les internés surent s'organiser pour conserver les liens avec la lutte indépendantiste menée à l'extérieur. Sont aussi rappelés les camps de regroupement administrés par les Sections administratives spécialisées (SAS), en majorité créés à l'initiative de l'armée pour couper la population des maquisards, par quadrillage du territoire. Un travail d'historien remarquable, et qui éclaire également un présent marqué par les dérives de la lutte contre le terrorisme.
Odile Jacob, 2012 (384 p., 25,90 euros).
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