Sept propositions pour relancer la création d’emplois pérennes
Fabien Verdier, Président du club Convictions
Article Web - 29 mars 2012
Le club Convictions a organisé trois débats sur le chômage, en partenariat avec Alternatives Economiques, avec Jean-Baptiste de Foucauld, Guillaume Duval, Gilbert Cette, Gaby Bonnand, Jacques Freyssinet et Dominique Corona. Sept conclusions s'en dégagent pour lutter efficacement contre le chômage.
Jean-Baptiste de Foucauld : « L'emploi ne règle pas tout, mais le chômage dérègle tout ».
Le club Convictions a organisé trois débats[1] durant l'année 2011 sur les problèmes de l'emploi et du chômage, en partenariat avec le magazine Alternatives Economiques. Nous tenons à remercier les intervenants, qui ont eu la gentillesse de partager leur analyse sur ces sujets cruciaux : Jean-Baptiste de Foucauld, ancien commissaire au Plan et Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives Economiques ; Gilbert Cette, économiste, membre du Centre d'analyse économique et Gaby Bonnand, président de l'Unedic ; Jacques Freyssinet, ancien président de l'ANPE et Dominique Corona, secrétaire général de l'Unsa.
L'objectif de ces débats était de proposer des solutions permettant de lutter efficacement contre le chômage, en faisant le bilan des politiques d'emploi engagées ces dernières années.
Le club Convictions en a tiré les sept conclusions suivantes :
- I. Le Smic ne doit plus focaliser les débats et l'énergie du législateur. La recherche de la compétitivité-prix, grâce à une forte proportion de bas salaires, est problématique pour la compétitivité de la France, car elle n'incite pas aux investissements en R&D. Il faut désormais donner la priorité au combat contre les trappes à bas salaires en permettant une meilleure progression du salaire tout au long de la vie. Le problème n'est pas tant en effet de travailler au Smic à un moment donné, que d'y rester toute sa vie. Les allègements de cotisation des entreprises doivent être conditionnés à des accords organisant cette augmentation des bas salaires et limitant les plus hauts niveaux de rémunération.
- II. L'assiette de la cotisation chômage doit être élargie à la fonction publique, comme le propose Jean-Baptiste de Foucauld, afin de mieux financer les formations et le retour à l'emploi des chômeurs de longue durée. Aujourd'hui ce sont les cotisations des cadres qui financent les allocations chômage des précaires, il faut élargir la solidarité ;
- III. Il faut agir pour augmenter notablement les taux de syndicalisation, si on veut permettre aux partenaires sociaux d'établir des accords comportant éventuellement des clauses dérogeant au droit du travail, lorsqu'elles sont favorables à l'emploi. Le mode de fixation du salaire est en France trop règlementaire et insuffisamment négocié dans chaque branche ;
- IV. La majorité des chômeurs sont inscrits à Pôle emploi, parce qu'ils sont arrivés en fin de contrats à durée déterminé (CDD)[2]. Il faut mettre fin aux incitations aux CDD et réglementer leur usage. Les contrats de moins d'un mois doivent également être prohibés, ils ne permettent pas de se former et de trouver un emploi stable. Il faut lier bien davantage les dispositifs de formation et d'accompagnement des chômeurs, pour privilégier un emploi durable à un enchaînement de « petits boulots » précaires ;
- V. Il faut donner la priorité à la formation longue des jeunes chômeurs déqualifiés, surtout en période de crise, afin de favoriser une insertion durable. Les emplois aidés dans le secteur marchand pourraient contribuer à la lutte contre le chômage des jeunes, associés à une obligation de formation qualifiante et un fléchage vers les chômeurs de longue durée ;
- VI. L'emploi des jeunes est plus important en Allemagne qu'en France, car les jeunes y sont en apprentissage plutôt qu'en stage (donc actifs et cotisants). Il faut développer l'alternance, plutôt que les stages de fin de cursus, qui doivent rester des stages de découverte (3 mois maximum) au niveau licence/M1. Limiter le recours aux stages permettra également d'éviter leur substitution à des postes de « juniors » ;
- VII. Il faut mettre en place une réelle gestion prospective de l'emploi et des compétences dans les entreprises, afin d'identifier les emplois de demain et d'anticiper l'avenir et la reconversion professionnelle des employés, ainsi que les besoins en formation. Cela en lien avec un service public de l'orientation qui créerait un guichet unique pour les jeunes afin de personnaliser sur la durée le suivi de leur insertion professionnelle.
Fabien Verdier, Président du club Convictions
Article Web - 29 mars 2012
Notes
- (1) 1er débat : « Le travail coûte-t-il trop cher ? » (7 juin 2011) ; 2e débat : « Flexibilité du travail en France : y en a-t-il trop ou pas assez » (22 septembre 2011) ; 3e débat : « Comment combattre le chômage des jeunes ? » (12 janvier 2012).
- (2) En 2000, 13,6 millions de recrutements (hors intérim) en France, dont 5,3 millions de contrats d'une durée de moins d'un mois et 4 millions de CDI. En 2011, avec 19,5 millions de recrutements (hors intérim), on passe à 12 millions de CDD d'une durée de moins d'un mois. Il est à noter qu'une majorité de ces CDD ont une durée inférieure à une semaine. Source : Unedic
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* Former les chefs d'entreprise à une politique plus agressive en matière de commerce extérieur
* Légiférer sur les délocalisations qui font tomber des pans entiers de l'industrie française et participent grandement au chômage
* Légiférer sur la spéculation financière (banques, fonds de pension,...)qui privilègie l'argent facile et rapide et crée des dommages irréversibles pour les pays, les entreprises et les populations (Grèce, Italie, Portugal, Espagne, France ...)comme celle du 2008 et toutes les autres antérieures ou postérieures ou encore à venir
* Réduire la dette publique par l'appel à l'effort de participations des entreprises (à l'instar du Canada en 1996), mais aussi à une réduction dragtiques des dépenses publiques et par l'action d'augmenter les impôts sur les grandes fortunes, les grandes sociétés et sur les classes supérieures et enfin en levant un impôt solidaire (voir plus bas). Mais aussi, plutôt que d'emprunter pour financer des projets de l'Etat de façon Keynesienne favoriser la production et l'industrie grâce au crédit entreprise à faible taux. Inciter à la compétitivité et aligner l'euro sur le dollar (l'importation du pétrole et autres produits indexés sur le dollar coûte très cher à l'Europe mais un euro plus faible contribue à la compétitivité et à l'exportation)
* Légiférer sur la création d'une banque de crédit aux entreprises
* Nationaliser l'industrie pétrolière, l'EDF GDF et de l'eau, afin de garantir un niveau de prix abordable et adapté à toutes les couches socio-professionnelles
* Favoriser les prêts à bas taux au PME, PMI, artisants et micro-entreprises et soutien accru à la formation de leurs dirigeants (en contre-partie des prêts par exemple)
* Légiférer sur les quotats et les taxes d'importations pour une meilleure régulation de la concurrence et lutter contre le dumping social
* Accélérer la réindustrialisation, source évidente d'emploi et de profit
* Accentuer l'effort de la construction en matière de logement sociaux (l'objectif pour 2012 est loin d'être rempli)
* Renforcer la loi sur les avantages concernant l'acquisition première d'une propriété pour le plus grand nombre d'actif: favorise l'emploi dans le bâtiment et augmente les taxes fiscales, immobilières et foncières
* Légiférer sur le système de distribution qui pénélise les agriculteurs et autres acteurs du secteur agro-alimentaires ainsi que les citoyens au bas revenus. La concurrence des labels du hard discount ne peut à elle seule suffire.
* Légiférer sur le développement des filières bovines : pourquoi sommes nous obliger d'importer de la viande en France ? Si les lois européennes sont en causes, il faut les revoir car la France a les moyens de produire et pas seulement dans ce domaine
* Légiférer sur le maintien des séniors qui constituent le contingent le plus apte à former les jeunes déqualifiés ou en premier emploi: mesures d'aides fiscales à l'embauche des jeunes et au maintien des séniors
* Légiférer sur l'adéquation entre les filières porteuses d'emploi et les orientations vers des cycles d'études supérieures
* Légiférer à partir d'un impôt solidaires la prise en charges des demandeurs d'emploi les plus jeunes, les plus âgées et les personnes âgées et handicapées
* Légiférer sur la forme et la qualité d'accompagnement des demandeurs d'emploi afin de favoriser la formation qualifiante et dans des secteurs sous tension (là où la demande existe). Favoriser le retour rapide à l'emploi pour les nouveaux inscrits déjà qualifiés par une meilleure prospection des offres d'emploi relevant de chaque bassin d'emploi en région (Pole emploi ne centralise que 20 % des offres existantes). Former de façon qualifiante les plus jeunes. Favoriser la reconversion des plus âgés par rapport à leur état de santé et aux métiers porteurs
* Revenir aux aides à la défiscalisation des particuliers et soutenir les associations et entreprises afin de favoriser l'économie du secteur de l'emploi à domicile car la France vieillit. Et l'aide à domicile apparaît de plus en plus comme une activité génératrice d'emplois.
* Légiférer pour l'accès des personnes âgées aux Etablissement d'Hébergement des Personnes Agées Dépendantes car seules 20 % d'entre-elles y ont accès compte-tenu des prix prohibitifs. Cela participe aussi à l'emploi
* Légiférer sur l'augmentation des fonds alloués à la prise en charge sociales des personnes sans abri et en situation d'exclusions et de précarité. Là aussi les perpectives d'emploi sont importantes car malheuresement les besoins de ces populations croissent à vue d'oeil (voir l'augmentation de 10 % annuelle des usagers allant au Resto du Coeur, ainsi que des travailleurs pauvres et sans logement et cela vaut pour toutes les organisations sociales et sanitaires)
* Revenir sur l'accès des petits enfants à la maternelle dès 3 ans et développer les crèches ou autres formes privées sociales d'accueil de jour pour les bébés et petits enfants afin de soulager les parents actifs. Cela aussi contribue à l'emploi
* Légiférer sur les Assistants de Vie Scolaire et d'Intégration afin de valider leur embauche en CDI dans l'Education Nationale pour accompagner les enfants et les jeunes handicapés
* Légiférer sur le développement des énergies nouvelles
* Développer la recherche de pointe et favoriser l'innovation dans tous les secteurs
Et faute de connaissance de tous les sujets, je m'arrête là pour aujourd'hui.
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Les orientations en terme de secteur à développer son absent.
Il faudrait mieux cibler grands axes de créations d'emplois pérennes en s'appuyant sur le développement durable, sur le financement des emplois nouveaux, sur les programmes européens devant permettre de sortir la vieille Europe de sa quasi léthargie.Quand à augmenter le taux de syndicalisation, il faut donner des solutions. Cela ne se décrète pas.
Je pense aussi qu'il serait interessant que le taux de cotisation à pôle emploi devrait être plus fort pour les entreprises qui utilisent beaucoup de CDD, comme cela est fait pour le taux d'accident du travail pour celles qui ne protégent pas leurs salariés des dangers.