Printemps érable au Canada : " Nous voulons un accès gratuit à l'université "
Entretien avec Amir Khadir, député québécois
Propos recueillis par Manuel Domergue
Alternatives Economiques n° 315 - juillet 2012
Porte-parole du parti Québec solidaire, Amir Khadir est député à l'Assemblée nationale du Québec depuis 2008. Aux côtés d'un mouvement social étudiant inédit, surnommé le " Printemps érable ", il conteste depuis février 2012 le projet du gouvernement libéral d'augmenter les droits d'inscription à l'université de 75 % en cinq ans, pour les porter de l'équivalent de 1 700 euros à près de 3 000, ce qui les rapprocherait du montant moyen en vigueur dans le reste du Canada.
Quelles sont les origines de ce conflit ?
Le Québec subit depuis quinze ans des coupes dans les dépenses sociales, alors même que notre PIB ne cesse de croître. Au Québec, les universités sont publiques et assez peu chères, même si la gratuité complète promise par la Révolution tranquille des années 1960, n'a jamais été atteinte. L'augmentation des droits d'inscription a donc été vue par les étudiants comme une menace de marchandisation de l'université.
Cette augmentation n'est-elle pas équitable s'il s'agit de faire contribuer les étudiants de familles favorisées ?
Il faut faire contribuer les ménages favorisés, certes, mais par une fiscalité juste à laquelle personne ne devrait échapper, plutôt que par les droits d'inscription. Même si les étudiants défavorisés sont aidés, ils le sont sous forme de prêts, d'autant plus difficiles à rembourser que les frais d'inscriptions sont élevés. Aux Etats-Unis, par exemple, la dette cumulée des étudiants se chiffre à plus de 1 000 milliards de dollars, avec tous les risques de surendettement que cela comporte. C'est pourquoi nous proposons un accès gratuit à l'université, financé par le rétablissement de la taxe sur le capital des entreprises financières, supprimée l'an dernier par le gouvernement libéral.
Ce mouvement social est-il limité aux revendications étudiantes ?
Non. L'an dernier déjà, le mouvement mondial des Indignés avait reçu un écho important chez nous, autour de la dénonciation des inégalités et de la collusion entre les élites politiques et économiques. Le mouvement étudiant critique aussi un gouvernement qui brade nos ressources naturelles, qu'il s'agisse de l'extraction de l'uranium, du pétrole ou des gaz de schiste. Le sujet, occulté depuis quarante ans, est désormais porté par des manifestants unis autour de la défense du bien commun.
Le Printemps érable est-il canadien ou spécifiquement québecois ?
Il ne s'inscrit pas dans les clivages habituels pour ou contre l'indépendance de notre province. Mais il est québecois dans le sens où il s'oppose à la remise en cause du modèle social québecois de santé ou d'éducation. S'il suscite des espoirs parmi les progressistes canadiens, il faut bien admettre toutefois qu'il n'a pas vraiment gagné le reste du pays.
Entretien avec Amir Khadir, député québécois
Propos recueillis par Manuel Domergue
Alternatives Economiques n° 315 - juillet 2012
-
Abonnement et réabonnement
-
J'achète un numéro -
Inscription à la newsletter -
Forfait de consultation de 30 articles pendant 48H -
Extension d'accès aux archives -
Cédérom d'archives -
Mon espace personnel -
Tous les livres de la collection Alternatives Economiques
-
Collection pédagogique
- Qui sommes-nous ?
- L'association des amis d'Alternatives Internationales
- Annonceurs
- Conditions générales de vente




























Commenter cet article









