Pourquoi l'apocalypse démographique n'aura pas lieu
Editions de La Martinière, 2011, 470 p., 24 euros.
Denis Clerc
Alternatives Economiques n° 306 - octobre 2011
Pour l'essentiel, ce livre n'apprendra rien à ceux qui suivent les questions démographiques et savent que la baisse de la fécondité, quasi-générale dans le monde, va profondément changer la donne : l'humanité de demain ne progressera plus guère et les problèmes du nombre seront chassés par ceux du vieillissement. Mais c'est en réalité une sorte d'histoire démographique des deux derniers siècles que nous raconte l'auteur. Il le fait brillamment, avec nombre d'anecdotes, d'illustrations concrètes et un art consommé pour rendre les chiffres digestes et montrer les réalités humaines qui se cachent derrière les statistiques démographiques.
Ainsi, la terrible famine irlandaise de 1847 (un million de victimes) est expliquée moins par la maladie de la pomme de terre que par la situation semi-féodale de l'île (au plus fort de la famine, les grands propriétaires - britanniques - exportaient en masse des boeufs à destination de l'Angleterre) et l'inertie des autorités : Charles Trevelyan, responsable britannique du programme d'aide à l'Irlande, estimait que la famine est " un mécanisme pour réduire la surpopulation " et " une aide directe de la Providence divine ". Les facettes de la démographie ne sont pas toutes roses, qu'il s'agisse des politiques autoritaires de réduction de la fécondité en Chine et en Inde, des risques de l'explosion des jeunes quand l'économie ne suit pas (Gaza), de l'échec des tentatives de redressement de la fécondité en Allemagne ou en Pologne, ou des migrations alimentées par la misère et le nombre. Mais il se montre résolument optimiste pour l'avenir, s'appuyant sur les exemples du Rwanda et du Kenya pour montrer que la pression du nombre sur l'environnement n'est pas forcément destructrice. A condition de privilégier les bonnes politiques. Remarquable.
Editions de La Martinière, 2011, 470 p., 24 euros.
