Made in monde. Les nouvelles frontières de l'économie mondiale par Suzanne Berger
(Ed. du Seuil, 2006, 357 p., 22 euros).
Christian Chavagneux
Alternatives Internationales n° 030 - mars 2006
Made in monde. Les nouvelles frontières de l'économie mondiale (Ed. du Seuil, 2006, 357 p., 22 euros).
Susan Berger tient la plume mais ce livre est le résultat d'une enquête menée par une douzaine de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Ils ont analysé la stratégie de 500 entreprises d'Amérique du Nord, d'Asie et d'Europe face à la mondialisation. Si le lecteur pourra s'irriter des nombreux allers-retours sur un même sujet traité de manière éparpillée, de quelques vagues propos théoriques et de passages où il se noie sous la multiplication d'exemples, il tient là un livre important pour comprendre les stratégies de mondialisation des firmes.
Ce travail confirme d'abord ce que les spécialistes du sujet écrivent depuis plusieurs années: les entreprises découpent de plus en plus leur chaîne de valeur ajoutée sur un territoire mondial. Avant, les entreprises ne sous-traitaient que ce qu'elles ne savaient pas fabriquer: les constructeurs automobiles achetaient les tapis de sol, par exemple. Aujourd'hui, la sous-traitance peut toucher l'ensemble des processus de fabrication et, au-delà, l'ensemble des activités de l'entreprise (conception technique, comptabilité…). Cela rend l'innovation plus facile: faites assembler par le taiwanais Inventech un minuscule disque dur Toshiba, un lecteur de disquette Nidec, un processeur ARM, une carte Texas Instruments, une interface USB de chez Cypress, une mémoire flash de Sharp et vous avez dans les mains un iPod qu'Apple a mis moins d'un an pour passer du stade de concept à celui de produit. Sans avoir à tout réinventer.
C'est l'augmentation du coût du capital qui pousse à ces découpages (pour créer une fabrique de semi-conducteurs, il fallait 1 milliard de dollars en 1980, 2 milliards en 2000, près de 3 en 2005) et c'est le développement des nouvelles technologies de la communication qui les rend possible, explique Susan Berger. Cela permet plus facilement à des nouveaux venus de s'installer sur un marché: il "suffit" d'être compétent dans un domaine et, pour le reste, d'acheter les compétences des autres. Mais cela renforce la concurrence: pour chaque segment choisi, il fait être aussi bon que les meilleurs fournisseurs du secteur. Il y aussi le risque de partager des informations avec un fournisseur qui finit par créer sa propre marque et devenir un concurrent. C'est pourquoi certaines entreprises continuent à intégrer toute la production, de Samsung dans l'électronique à Zara dans le textile. Et ça marche aussi.
Dans ce nouveau monde, ce qui prime ce sont les compétences que développe une firme, pas le secteur où elle est. L'entreprise American Apparel gagne beaucoup d'argent en fabriquant des T-shirts… aux Etats-Unis. Elle s'est spécialisée dans le vêtement moulant sexy imprimable, que les détaillants peuvent personnaliser. La mode étant volatile, les 60000 grossistes qui passent commande veulent leurs produits tout de suite: si les T-shirts étaient fabriqués en Chine, ils seraient moins chers mais cela prendrait un mois. Trop tard. L'étude multiplie les exemples où, même dans des secteurs industriels jugés condamnés au Nord, des entreprises ingénieuses marchent bien, sans délocalisation. C'est le point fort du livre: il démontre que la mondialisation n'impose aucune stratégie par elle-même aux entreprises.
(Ed. du Seuil, 2006, 357 p., 22 euros).
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