Libéralisme outrancier
éd. Perrin, 2009, 390 p., 20 euros.
Denis Clerc
Alternatives Economiques n° 278 - mars 2009
Ce serait, nous dit-on, un "livre événement". Il y a un peu de galéjade, ou au moins d'exagération, dans cette appréciation: faire le point sur la croissance de l'activité, ainsi que sur la répartition des revenus et des patrimoines en France depuis un siècle, et parfois davantage (puisque l'auteur remonte parfois à Guizot), n'est pas aussi original qu'il y paraît. Mais cela relevait jusqu'ici de recherches ou d'analyses pas forcément très accessibles. Jacques Marseille a su puiser avec intelligence aux bonnes sources.
Complétant ce matériau de base par des monographies de "gens du peuple", élaborées par des disciples de Le Play, par les travaux de certains de ses étudiants, ou au fil de ses lectures historiques ou littéraires, il a su donner à ces analyses une épaisseur humaine indéniable. Même si l'on peut aussi lui reprocher d'avoir multiplié les chiffres au risque de donner le tournis. Cela n'en fait cependant pas un "événement", surtout lorsque certains chiffres, cités avec assurance, sont invérifiables faute d'indication de source.
Vive le capitalisme
La vraie originalité du livre réside donc dans les conclusions qu'il en tire, d'un libéralisme outrancier. Le capitalisme n'a pas son pareil pour améliorer le sort de chacun, la redistribution gaspille souvent l'argent du contribuable, sans améliorer le sort de quiconque, l'accroissement des inégalités permet au train économique de rouler plus vite, donc d'améliorer le sort des plus démunis, etc. Savoir qu'il gagne aujourd'hui dix fois plus que son homologue de 1830 fait une belle jambe au ménage pauvre qui vit en 2009. Comme dans les manuels de l'école primaire d'autrefois, notre auteur tire ainsi des leçons de morale au terme de chaque chapitre. Mais Marseille tire une politique de l'histoire économique comme Bossuet en tirait une de l'Ecriture Sainte: plus en idéologue qu'en analyste.
Le plus surprenant se trouvent dans les considérations adjacentes. Il s'agit d'abord d'un plaidoyer en faveur de l'inflation, car, pour l'auteur, elle facilite la croissance. Il ne se pose jamais la question de savoir s'il ne confond pas cause et conséquence, et si, comme Phillips l'a soutenu, ce ne serait pas la croissance qui engendre l'inflation plutôt que l'inverse. Reste qu'il y a sans doute des questions à se poser sur l'avantage que pourrait représenter l'inflation face au poids devenu écrasant de l'endettement.
En revanche, le plaidoyer final en faveur de l'allocation universelle surprend davantage. On ne refera pas ici le procès de cette fausse bonne solution, dangereuse à bien des égards, mais le fait qu'elle soit mise en avant par un libéral excessif devrait inciter ses partisans à réfléchir un peu.
éd. Perrin, 2009, 390 p., 20 euros.
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