Les enjeux du sommet européen
Philippe Frémeaux
Article Web - 18 juin 2012
A dix jours du Conseil européen, François Hollande et Angela Merkel vont devoir trouver un compromis pour avancer parallèlement sur trois fronts : l’union bancaire, l’union budgétaire, l’union politique.
Alors que la pression des marchés sur la dette espagnole a atteint de nouveaux sommets la semaine passée, la tension entre François Hollande et Angela Merkel est montée d’un cran cette semaine. Faut-il s’en inquiéter à dix jours d’un Conseil européen décisif pour l’avenir de l’euro ?
De fait, Angela Merkel s’est montrée très ferme à la veille du week-end du 16-17 juin, affirmant avec force que cela n’avait pas de sens d’opposer croissance et rigueur budgétaire et qu’il était hors de question de pallier les déficits de compétitivité des uns en établissant des transferts permanents au détriment de ceux qui avaient fait les efforts nécessaires… Mais, il est vrai qu’en face, François Hollande travaille depuis son élection à renforcer la position française via ses rencontres bilatérales avec Mariano Rajoy, Mario Monti, et, plus désagréable encore pour Angela Merkel, avec les dirigeants du SPD. Tout ceci, en rappelant, bien entendu, qu’il faudra bien finir par arriver à un compromis avec la chancelière.
Le pire ne peut être écarté
Tout ceci fait partie du jeu européen et il est probable qu’un accord sera trouvé lors du prochain sommet, car ni l’Allemagne ni la France n’ont les moyens d’être en désaccord. Reste que le pire est loin d’être écarté. Car si tous les dirigeants européens affirment leur attachement à l’euro, certains n’ont pas hésité à évoquer publiquement ces derniers mois l’hypothèse d’une sortie de la Grèce, ce qui, au-delà des conséquences sur ce pays, créerait un dangereux précédent. Surtout, tous peinent à s’accorder sur les mesures nécessaires pour stabiliser durablement la situation. Aussi les marchés n’ont pas tort d’anticiper un possible éclatement de la zone euro.
C’est ce que traduit l’écart toujours plus grand entre le taux auquel emprunte l’Allemagne et ceux exigés de l’Espagne ou de l’Italie ; la France, pour l’instant, tombant plutôt du bon côté… Les optimistes diront que c’est sous la pression de la nécessité, voire au bord du précipice, que l’Europe progresse. Espérons-le ! Car aller vers plus de solidarité et plus de fédéralisme est désormais la condition indispensable au retour de la confiance. Il faut que nos dirigeants affirment une volonté politique commune forte, et la traduisent en actes.
Trois fronts
Il s’agit concrètement d’avancer parallèlement sur trois fronts : l’union bancaire, l’union budgétaire, l’union politique. Sur le plan bancaire, la zone euro repose sur un paradoxe : alors que la monnaie est créée par les banques via les crédits qu’elles accordent, celles-ci demeurent supervisées et garanties par leur Etat. La Banque centrale européenne (BCE) a su jouer les pompiers en les refinançant et s’est ainsi substituée à un marché interbancaire défaillant. Mais, en cas de faillite d’une banque, la solution demeure nationale. Cette situation est devenue mortifère. On vient de le voir avec la banque espagnole Bankia qui, faute de pouvoir se recapitaliser en faisant appel au marché, a dû appeler au secours l’Etat espagnol. De quoi alourdir d’autant la dette publique nationale, accroître l’inquiétude et les exigences des marchés, et dévaloriser mécaniquement le stock de titres de la dette espagnole, avec pour conséquence une nouvelle dégradation du bilan des banques du pays, qui détiennent une bonne partie de la dette publique nationale. D’où les malheurs actuels de l’Espagne.
Sortir d’un tel cercle vicieux suppose de donner plus de poids au niveau européen, via le mécanisme européen de stabilité et la BCE, pour secourir les banques si nécessaire, mais aussi pour imposer une supervision plus exigeante : les errements passés de Bankia sont aussi le produit de relations incestueuses des caisses d’épargne espagnoles avec les dirigeants politiques, en l’occurrence du Parti populaire de Mariano Rajoy ! Il faut aussi, et c’est urgent, mettre en place une garantie européenne des dépôts, afin de prévenir les paniques bancaires, paniques bancaires de nature à contraindre tel ou tel pays de sortir de l’euro de facto, un scénario qui pourrait bien se concrétiser en Grèce.
Union budgétaire et union politique ?
Venons-en à l’union budgétaire. Elle a pour objet de résoudre, là encore, un péché originel de l’euro : une monnaie commune assortie de politiques budgétaires nationales et d’un budget commun qui atteint à peine 1 % du produit intérieur brut (PIB) européen. Le traité intergouvernemental établit des règles contraignantes pour l’avenir. Soit. Mais il faut aussi, et d’abord, solder le passé, en communautarisant une partie des dettes publiques, afin de restaurer le crédit des Etats en difficulté. Une idée qui fait son chemin. Sans quoi l’addition de politiques budgétaires nationales toujours plus restrictives va précipiter toute l’Union dans la dépression, ouvrant la voie aux pires dérives sur le plan économique, social et politique.
Dans ce contexte, l’Allemagne est aujourd’hui demandeuse d’avancées dans le sens d’un plus grand fédéralisme européen. C’est le volet union politique. Sauf qu’Angela Merkel voit d’abord dans le fédéralisme un moyen d’imposer aux autres membres de la zone euro les disciplines qu’elle juge nécessaires, sans avoir à endosser le rôle de la « méchante ». Le moment est venu pour la France d’accepter, elle aussi, d’aller vers davantage de fédéralisme et de discipline, tout en exigeant, en contrepartie, plus de solidarité et de garanties mutuelles. Les termes du compromis sont donc connus. Reste à leur donner un contenu concret, et crédible.
Philippe Frémeaux
Article Web - 18 juin 2012
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