Le bloc-notes de mai 2012
Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 313 - mai 2012
Est-il bien sérieux d'espérer obtenir d'Angela Merkel une réouverture de la négociation sur le traité budgétaire européen comme le demande François Hollande ? Nombre de commentateurs jugent la demande irréaliste. Mais où est l'irréalisme sinon dans l'idée que la gouvernance de la zone euro pourrait se limiter à un empilement de plans d'austérité ? Qu'il soit ou non renégocié demain, ce traité est d'ores et déjà dépassé dans les faits. Si les marchés attaquent l'Espagne, c'est moins en raison de son incapacité à atteindre le niveau de déficit qui lui a été fixé que parce que son économie est en récession, parce que le chômage y atteint un niveau insupportable et parce que les inquiétudes montent sur la solvabilité de ses banques. Il faut donc relancer la croissance au sein de la zone euro, ce qui passe par une plus grande solidarité, que ce soit pour mettre en commun une partie des dettes publiques - via les fameux eurobonds - ou pour impulser un plan de relance commun financé par l'emprunt. Qui dit plus de solidarité, dit aussi plus de discipline commune, et des instances légitimes pour mettre en oeuvre la première comme les secondes. On ne fera pas avancer l'Europe sur une base seulement intergouvernementale, et encore moins sous la houlette d'un directoire franco-allemand. François Hollande l'a-t-il compris ? Son attachement à la construction européenne ne fait pas de doute. Sa volonté d'adjoindre au traité des initiatives en faveur de la croissance non plus. Il lui faudra cependant transcender les divisions de son propre camp s'il veut mettre les dirigeants allemands au pied du mur, en leur proposant d'aller vers plus de fédéralisme budgétaire. Et sortir de la crise de l'euro par le haut.
Les préoccupations écologiques sont passées au second plan dans cette campagne. A cela des raisons politiques : la signature d'un accord électoral entre Europe Ecologie Les Verts (EELV) et le Parti socialiste dès novembre 2011 a contribué à faire douter de l'intérêt d'une candidature écologiste. La personnalité de la candidate, plus encline à dénoncer l'impunité dont bénéficient les puissants qu'à porter les valeurs de l'écologie, a également joué. Enfin, et c'est sans doute la raison principale, la crise et le chômage ont rendu la croissance tellement désirable que tout discours appelant à une profonde transformation de nos modes de vie et de consommation est devenu inaudible. L'heure est à la relance de la production d'acier à Florange et d'automobiles à Aulnay-sous-Bois. Même Eva Joly promettait que son programme se traduirait par la création de plus d'un million d'emplois ! La pression du court terme ne doit pas conduire à repousser dans le futur l'impérieuse nécessité de reconvertir notre système productif. L'écologie a besoin d'une parole qui réconcilie le nécessaire et le souhaitable, le futur et le présent.
Le grand succès de Nicolas Sarkozy, en 2007, avait été de faire reculer le Front national. Son grand échec, aujourd'hui, est de l'avoir fait remonter. Contrairement à ce qui a été dit, le Sarkozy 2007 avait marginalisé Le Pen moins en copiant son programme qu'en parvenant à convaincre une partie de l'électorat populaire qu'il allait gagner les batailles de l'emploi et du pouvoir d'achat. A la différence de ses prédécesseurs, qui invoquaient l'Europe ou la mondialisation pour justifier leur impuissance, Nicolas Sarkozy affirmait alors son volontarisme, sa capacité d'agir, de protéger les plus faibles. La promesse n'a pas été tenue. En raison des contraintes, mais aussi de ses choix. Sitôt élu, il s'est en effet coulé dans le moule européen et s'est bien gardé de toute mesure pouvant déstabiliser une économie française profondément insérée dans la mondialisation. Ce revirement aurait pu être compris si, en contrepartie et compte tenu des conséquences de la crise, des mesures fortes de solidarité avaient été adoptées sur le plan interne. Il n'en a rien été, suscitant le désamour d'une grande partie des électeurs populaires arrachés au Front national en 2007. Marine Le Pen a saisi la balle au bond. A son tour, elle a promis aux classes populaires de protéger leurs emplois, en rompant avec la mondialisation, avec l'Europe, avec l'euro et reprenant la posture du Sarkozy 2007, la radicalité en plus. Faute de pouvoir encore être crédible sur le front social, Sarkozy 2012 a cru pouvoir sauver la mise en courant après les thématiques anti-immigrés classiques du Front national. Au risque de les valider.
Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 313 - mai 2012
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c'est les contribuables qui subissent ces taux !
pourquoi ne pas avoir prévu que ces préts aux états soient directement réalisés par l'Europe sans passer par l'intermédiaire des banques et donc réalisés à 1 %.merci de m'aider à comprendre
b.m