Le bloc-notes d'avril 2012
Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 312 - avril 2012
Campagne
Les enjeux économiques occupent une place centrale dans la campagne présidentielle. Tant mieux. On se réjouit de voir débattues sur la place publique les conditions à réunir pour réduire notre dette publique ou remettre la zone euro sur ses rails. Si on n'échappera pas dans les dernières semaines - c'est bien parti - à la multiplication des promesses plus ou moins démagogiques destinées à séduire telle ou telle fraction de l'électorat, on aura aussi parlé des questions majeures. Reste que trop de journalistes économiques présentent encore les variables économiques comme des facteurs exogènes qui s'imposeraient de manière inconditionnelle. François Lenglet, jeudi 15 mars, en a fourni un bon exemple, en expliquant sur France 2, graphique à l'appui, que les hypothèses sur lesquelles était fondé le programme de François Hollande étaient irréalistes, compte tenu de la croissance potentielle du pays. Or, s'il est juste d'affirmer qu'un taux de croissance ne se décrète pas, on ne peut pas nier pour autant l'influence de l'action politique sur le niveau de l'activité. Et faire, toutes proportions gardées, comme si Hoover et Roosevelt, c'était pareil !
La vérité, et il faut reconnaître à François Hollande le mérite de parler vrai sur ce point, c'est que tout ne dépend pas de nous. Il faut absolument que la gouvernance économique de la zone euro ne se limite pas à un empilage de plans d'austérité nationaux et qu'une politique coordonnée de croissance se mette en place. C'est à cette condition qu'on parviendra à stabiliser puis à faire baisser le niveau de la dette publique.
Rajoy
Les effets de l'austérité préoccupent aussi nos voisins espagnols. L'encre des signatures apposées en bas du traité intergouvernemental destiné à remplacer le pacte de stabilité et de croissance n'était pas encore sèche que déjà Mariano Rajoy, le président du gouvernement, annonçait que l'Espagne n'allait pas respecter les objectifs de déficit qui lui ont été fixés par les instances européennes pour 2012. Une position de bon sens, alors que le taux de chômage dépasse 20 % de la population active au-delà des Pyrénées et que le pays peine à sortir de la crise où l'a plongé l'éclatement de la bulle immobilière. Le risque est en effet de voir l'Espagne, déjà en récession, tomber demain dans un scénario dépressif à la grecque, s'il lui est imposé une cure d'austérité toujours plus sévère.
L'attitude de la droite conservatrice espagnole, qui a succédé aux socialistes l'an passé, tranche avec les discours tenus des deux côtés du Rhin par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Et vient appuyer la position de François Hollande en faveur d'une renégociation du traité. Notons d'ailleurs que les marchés n'ont pas sanctionné l'annonce de Mariano Rajoy puisque, dans la foulée, le trésor espagnol a pu emprunter plusieurs milliards d'euros à des taux inférieurs de deux points à ceux imposés à l'Espagne voici encore quelques mois.
La Poste
Le suicide récent de deux membres du personnel de La Poste a conduit les observateurs à faire le rapprochement avec France Télécom. A juste titre. Les deux entreprises ont en commun d'être issues du défunt ministère des PTT et d'employer encore, en dépit de leur statut industriel et commercial, nombre de salariés bénéficiant du statut de la fonction publique. Elles sont également toutes les deux ou ont été confrontées à de profondes mutations technologiques et économiques, du fait de la mise en concurrence de leurs activités. A France Télécom, la direction s'est vu chargée par l'actionnaire public - et majoritaire - de transformer une organisation techno-colbertiste en une multinationale des services hautement profitable. Cette mutation a profondément déstabilisé les salariés, victimes d'un management cumulant le pire du public et du privé : autoritarisme bureaucratique, mutations forcées et objectifs individualisés. Tout a été fait pour casser les collectifs de travail, pousser les agents à la démission, les rendre coupables de ne jamais en faire assez pour s'adapter à une transformation à laquelle ils n'avaient pas été préparés.
Le management à La Poste ne suit pas les mêmes règles. En revanche, le potentiel de déstabilisation est bien là. Le courrier est en déclin rapide. Nos boîtes aux lettres ne contiennent plus que des factures et des relevés divers qui transitent de plus en plus par Internet. La Poste doit apprendre à vivre de ses autres métiers : la messagerie et les services financiers. Reste à réussir cette mutation sans soumettre les salariés au même stress que celui imposé hier à ceux de France Télécom.
Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 312 - avril 2012
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