L'Europe doit contrôler les banques
Guillaume Duval
Article Web - 04 juin 2012
La crise européenne s'aggrave, mais son problème n'est pas tant les déficits publics des Etats européens que la fragilité de leurs banques, notamment en Espagne, explique Guillaume Duval dans sa chronique sur Radio Nova.
La crise de la zone euro continue de s’aggraver du fait de la dégradation de la situation en Espagne et en Grèce. A cause en particulier d’un début de panique bancaire.
En effet. Cela fait quatre ans maintenant qu’on se demande sans arrêt comment renforcer la discipline budgétaire et obliger les Etats de la zone euro à rester dans les clous. Pourtant les déficits publics n’étaient pas réellement le principal problème qui a conduit à la crise actuelle, pas plus qu’ils ne sont aujourd’hui le problème principal qui menace la survie de la zone euro.
Et quel est ce problème alors ?
Les banques. En Espagne comme en Irlande ou au Portugal, les finances publiques avaient été gérées très prudemment avant la crise. Ce sont surtout les finances privées qui avaient dérapé : les banques ont prêté beaucoup trop d’argent et du coup elles ont accumulé beaucoup de mauvaises créances. Or, depuis quatre ans, on n’a quasiment rien fait pour régler ces problèmes.
La Banque centrale européenne (BCE) les a beaucoup aidées pourtant…
C’est le moins qu’on puisse dire : elle a prêté jusqu’ici 3 200 milliards d’euros aux banques soit plus de 30 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro, à des taux défiant toute concurrence. Mais ce soutien massif de la BCE, utile dans l’urgence pour permettre au système financier de continuer à fonctionner, n’a rien réglé au fond. Au contraire, il a permis jusqu’ici à des « banques zombies » de survivre artificiellement, c'est-à-dire des banques qui auraient dû mettre la clé sous la porte depuis longtemps au vu de l’état de leurs comptes…
Et on n’a rien fait pour régler ça ?
Pas grand-chose. On a bien créé une autorité de supervision européenne des banques mais celle-ci a encore très peu de pouvoirs et c'est toujours chacun des Etats qui a la responsabilité de surveiller ses banques nationales et de garantir les dépôts de ses citoyens. Or, chaque Etat n’a aucun intérêt à faire réellement le ménage dans ses banques : cela impliquerait en effet de les obliger à se recapitaliser à des niveaux élevés. Autrement dit à se vendre à de nouveaux propriétaires, potentiellement étrangers…
Du coup tout le monde a caché la poussière sous le tapis…
Exactement. Mais dans un pays comme l’Espagne, il y a des tonnes de poussière : les banques espagnoles ont accumulé de l’ordre de 180 milliards d’euros de mauvaises créances liées à la bulle immobilière… Pendant quatre ans elles ont fait le dos rond avec l’aide de la BCE, mais aujourd’hui, avec le retour de la récession en Espagne, les lézardes s’agrandissent et l’édifice menace de s’effondrer. Or, l’Etat espagnol n’a plus les moyens de secourir ses banques compte tenu des attaques spéculatives dont il fait déjà l’objet par ailleurs. Du coup, citoyens et entreprises espagnols retirent leur argent des banques parce qu’ils considèrent – à juste titre – que l’Etat espagnol ne pourrait pas le leur rembourser si leur banque faisait finalement faillite. Et c’est la même chose en bien pire encore en Grèce. Ces mouvements de panique bancaire aggravent beaucoup la crise dans ces pays en menaçant de paralyser toute l’activité économique.
Comment pourrait-on les stopper ?
Il faudrait que les mécanismes européens de stabilisation financière puissent intervenir directement pour recapitaliser les banques des Etats membres sans pour autant que ceux-ci soient nécessairement placés sous tutelle pour l’ensemble de leur politique budgétaire comme la Grèce ou l’Irlande. Il faudrait aussi qu’un organisme européen garantisse les dépôts bancaires des citoyens européens à la place des Etats. Mais en contrepartie de ces aides et de ces garanties européennes, il faudrait bien sûr que la surveillance des banques devienne elle aussi pleinement européenne. La survie de l’euro est à ce prix…
Guillaume Duval
Article Web - 04 juin 2012
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Comment se fait il que le nettoyage (fermeture) de ces banques n'est pas exigé ? Quelle solution pour en finir avec ces dettes bancaires qui sont transférées vers le secteur public (c.a.d NOUS)?
Les prêts de la BCE continue de les maintenir à bout de bras.
Et comment est il soutenable moralement qu'une banque (Bankia...) puisse saisir les biens immobilier des gens, et continue d'exiger le remboursement des prêts qui ont permis d'acheter ces biens?
Et si on commençait par un examen morale de la situation avant de planifier des solutions?