L'Amérique qui dérape par Krugman,
Flammarion (494 p., 21 euros).
Chaque semaine, George W. Bush doit maudire les patrons du New York Times. Chaque semaine en effet, Paul Krugman, universitaire spécialiste des crises financières, livre dans les colonnes du quotidien des réquisitoires dévastateurs et solidement argumentés contre les mensonges de son administration. Une partie de ces textes, d'une lumineuse pédagogie, est rassemblée dans L'Amérique qui dérape.
Si le professeur s'est peu à peu transformé en procureur, c'est parce qu'il a horreur des manipulations. Et qu'il sait aussi bien lire que compter. Paul Krugman n'est pas un traqueur de scoops hantant les antichambres du pouvoir et courtisant des conseillers pour leur soutirer des informations exclusives. Il se flatte de trouver toutes ses informations dans la littérature disponible à tout un chacun. Avec une prédilection pour ces volumineux rapports d'organismes officiels que peu de citoyens ont le temps de lire.
Muni de ces armes fournies gratuitement par l'Etat, Paul Krugman débusque les dérives du pouvoir. Et à le lire, elles ne manquent pas depuis que des extrémistes de droite, emmenés par George W. Bush, ont conquis le Parti républicain, puis la Maison Blanche. Le chroniqueur du New York Times dénonce sans se lasser "le complexe d'infaillibilité" du Président américain, ce refus obtus de reconnaître la réalité des faits lorsqu'ils contrarient ses desseins. En Irak, bien sûr, mais pas seulement.
C'est sur son terrain, l'économie, que Krugman est le plus redoutable. Ses coups partent dans toutes les directions. Contre les baisses d'impôtfavorisant les contribuables les plus fortunés alors que les déficits s'envo lent. Contre l'explosion des dépenses d'armement, officiellement destinées à lutter contre le terrorisme alors qu'elles ne servent qu'à engraisser une poignée d'industriels. Contre les spéculateurs de Panurge, qui font exploser des bulles financières, et les privatiseurs fous prêts à anéantir l'Etat fédéral. Contre les banquiers et les auditeurs qui ont dissimulé les manipu lations comptables d'Enron pour s'enrichir.
Derrière cette rafale d'accusations, c'est le fonctionnement quotidien du pouvoir actuel qui se dessine. Pour Paul Krugman, George W. Bush n'est pas (seulement) un dogmatique livré à lui-même, c'est aussi le fondé de pouvoir d'un petit groupe de businessmen qui espèrent garder la main sur le pouvoir afin d'en tirer des profits sonnants et trébuchants. La collusion entre hommes de pouvoir et gens d'affaires n'a pas été inventée par l'administration républicaine. Et Krugman, souvent élogieux pour Bill Clinton, rappelle que l'ex-président avait mené le pays au bord de la guerre commerciale pour défendre la multinationale bananière Chiquita, bailleur de sa campagne électorale. Mais ce n'était que peccadille à côté du capitalisme de copains systématiquement pratiqué par George W. Bush, Dick Cheney et consorts.
La dénonciation de ce dérapage américain est d'autant plus efficace qu'elle vient d'un économiste qui croit à l'efficacité des marchés, mais sans jamais les diviniser.

























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