Joseph Schumpeter: le talon d'Achille du capitalisme
Denis CLERC
Alternatives Economiques n° 180 - avril 2000
Schumpeter ne croit pas à l'avenir du capitalisme. Mais, contrairement à Marx ou Keynes, il pense qu'il est essentiellement menacé par la disparition des entrepreneurs. Une analyse qui conserve tout son intérêt, même si sa conclusion ne s'est pas vérifiée.
A la fin des années30, alors que l'Europe résonne de bruits de bottes, que les nations démocratiques ne parviennent pas à se sortir de la grande crise dans laquelle elles sont engluées depuis une décennie, Joseph Schumpeter commence ce qui sera sa grande oeuvre: Capitalisme, socialisme et démocratie (1).
C'est dans ce livre que, à la question "le capitalisme peut-il survivre?
, il répond sans nuances dans une phrase célèbre: "Non, je ne crois pas qu'il le puisse" (p.
93).
Ce qui, à l'époque, n'était à vrai dire pas très original.
Les marxistes de toute obédience étaient arrivés depuis longtemps à la même conclusion, résumée ainsi par Marx et Engels dès 1848 dans Le manifeste du Parti communiste: "Ce que la bourgeoisie produit avant tout, ce sont ses propres fossoyeurs.
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