Internet en Chine : dix ans de prison pour un blogueur insoumis
- Internet et la Chine Pierre Haski , Alternatives Internationales n° 039.
Internet changera-t-il la Chine, ou la Chine changera-t-elle Internet ?
Il n'est pas sûr que la démocratie soit la seule raison de la nouvelle stratégie de Google en Chine. Le moteur de recherche menace désormais de se retirer du pays si le gouvernement ne met pas un terme à la censure sur Internet. Comme le rappelle The Economist, l'affaire possède aussi un aspect commercial ; Google a beau être le premier moteur de recherche du monde, en Chine, il peine à s'imposer contre Baidu, son concurrent local.
Néanmoins, le différend relance un vieux débat : Internet changera-t-il la Chine, ou la Chine changera-t-elle Internet ?, se demandait en 2008 Pierre Haski, ex-correspondant de Libération à Pékin, dans son livre Internet et la Chine. Les blogs chinois ont connu une croissance exponentielle depuis le début des années 2000, mais ils restent étroitement surveillés par le pouvoir : dès qu'un blog prend trop d'importance, dès qu'un forum devient le lieu d'échanges sur l'actualité politique, il est sommé de mettre la clef sous la porte. Et son auteur se voit menacé de représailles. Comme dans le cas de Guo Quan présenté ci-après, condamné à dix ans de prison pour avoir utilisé le Web afin de lancer le "Nouveau parti démocratique de Chine".
W. K.

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- La colère des paysans sans terres
- Industrie : les ouvrières ne se laissent plus faire
- Logement : propriétaires en lutte contre la corruption
- La relance dans une main, l'armée dans l'autre
- Démocratie : « Pékin réagit vite, mais le pays a déjà changé »
Ancien professeur d'histoire de l'université de Nankin, arrêté le 13 novembre 2008, Guo Quan a défié le pouvoir en créant sur le Web le "Nouveau parti démocratique de Chine".
C'est l'histoire d'un Chinois qui a décidé de poursuivre Google et Yahoo! en justice pour avoir effacé son nom de leurs moteurs de recherche. Il s'appelle Guo Quan. A 39 ans, ce professeur de l'Université normale de Nankin est à la fois un expert en littérature chinoise classique et un spécialiste de l'histoire du massacre des civils à Nankin par les troupes japonaises en 1937 (lire Alternatives Internationales n° 40). Début 2008, l'homme déclarait au quotidien anglais The Times : "Depuis le 1er janvier, beaucoup d'amis m'ont dit que les sites Web contenant mon nom avaient été fermés, et qu'il était impossible d'obtenir des informations sur moi par Google et Yahoo!."
Ce genre de censure n'est pas nouveau. Les deux géants américains de l'Internet ont déclenché une rafale de critiques dans le monde entier après avoir accepté de plier devant la Chine. Yahoo! est ainsi accusé d'avoir aidé les censeurs de Pékin à arrêter le cyberdissident Li Zhi en 2003. Et le filtrage des mots bannis comme "indépendance du Tibet", "dalaï lama" ou "démocratie" est désormais totalement assumé. "Google est devenu un docile chien pékinois remuant gentiment la queue contre les chevilles des communistes chinois", écrit Guo Quan.
Guo ne manque pas de culot. Impossible pour lui de lancer les poursuites en Chine, où les deux portails n'existent pas juridiquement. Qu'à cela ne tienne, il s'adressera à un tribunal américain ! "Ils ont bafoué mes droits sur mon nom. Ils ont violé mes droits politiques. Je m'oppose à la violence et à la dictature, et ils m'ont bloqué."
Antiviolence, antidictature, cet honorable professeur a frontalement défié le Parti communiste chinois. Dans une lettre ouverte "postée" sur le Web le 17 décembre 2007, il se présente comme le président du "Nouveau parti démocratique de Chine", un réseau fort de dix millions de membres, clame-t-il, dans le pays et à l'étranger. Le chiffre correspondrait aux internautes fréquentant alors son blog et d'autres sites proches du sien. L'objectif de Guo Quan : relayer les pétitions adressées au gouvernement pour plus de justice sociale en Chine. Autrement dit, tout le spectre du mécontentement, notamment contre les expropriations des paysans et contre les malversations des fonctionnaires locaux. Au niveau local, à Nankin, sa ville natale, il s'est ainsi fait l'écho des plaintes de citoyens contre le projet de construction d'une usine polluante. Dans l'une de ses lettres, il va plus loin et demande au président Hu Jintao l'instauration d'élections pluralistes et la dépolitisation de l'armée chinoise. Le brûlot fait le tour de la blogosphère chinoise, au point d'être cité dans les médias traditionnels.
Sans surprise, le blog de Guo Quan est fermé par la cyberpolice, fin décembre 2007. L'université de Nankin le démet de ses fonctions pour violation de la Constitution − qui stipule que "la Chine est gouvernée sous la direction du Parti communiste". Mais Guo continue ses critiques. Après le séisme meurtrier dans le Sichuan le 12 mai 2008, il dénonce la lenteur des secours et le danger qui pèse sur les installations nucléaires dans la province. C'est la goutte de trop. Le 17 mai, il est arrêté par huit policiers qui fouillent sa maison et confisquent son ordinateur. "Ils attendaient dehors et l'ont attrapé alors qu'il emmenait nos enfants à l'école", raconte sa femme Li Jing. Son mari est relâché dix jours plus tard. Mais ce n'était qu'un avertissement. Le 13 novembre 2008, il est incarcéré pour "subversion du pouvoir de l'Etat", le prétexte le plus souvent utilisé par Pékin pour embastiller ses dissidents. Son procès, pour lequel l'instruction n'a pas encore été lancée, laisse son entourage pessimiste. En septembre 2008, Guo Quan confiait à sa femme : "Maintenant, je suis habitué à ce genre de traitement." Il a été condamné à dix ans de prison.

























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