Djigui Keita : compagnon d'Emmaüs au Burkina |
Yannick Delneste
Alternatives Internationales n° 027 - septembre 2005
Né à Trappes (Yvelines), dans une famille originaire d'Afrique de l'Ouest, Djigui Keita a fêté ses 22 ans à Vousnango, au nord du Burkina Faso, entouré de trois cents per-sonnes. Venues le remercier par des chants, des danses et des cadeaux, lui et sept autres compagnons, d'avoir passé quatre semaines à travailler dans les champs avec elles. C'était la deuxième "mission d'appui" à laquelle participait Djigui, compagnon de la communauté Emmaüs de Lescar-Pau qui, depuis douze ans, a noué des liens d'amité et de coopération avec l'AIDMR, une ONG locale, et quarante-sept villages de la région. Une rencontre entre exclus du Nord et du Sud.
Lorsqu'il grandit dans sa banlieue parisienne, Djigui n'imagine pas qu'il partira un jour donner un coup de main à des paysans burkinabés. Son quotidien, c'est la petite délinquance. "Je voyais mes copains partir en prison. Ma mère m'a fait réagir et aidé à couper les ponts avec ce milieu", raconte-t-il. Destination Caen où il arrive à 16 ans dans un foyer d'accueil. Il y poursuit une formation de menuisier pendant deux ans. Une autre vie qui lui donne l'envie d'un nouveau départ.
Un été, il participe à un camp de jeunes organisé par la communauté Emmaüs de Lescar-Pau. Il y reste plus longtemps que les trois semaines prévues, se promet d'y revenir. Il repasse par la case Paris, séjourne un an chez des agriculteurs près de Limoges, mais revient vers Pau, irrésistiblement. "Tout m'avait plu dans la communauté. Je m'y suis senti accueilli sans réserve", commente-t-il. En 2001, il vient pour six mois. Il y est toujours. "Les premiers mois ont été difficiles. Travailler au quotidien, se fixer n'est pas évident. J'étais souvent agressif, j'avais gardé des réflexes de ma vie d'avant. Germain a un peu serré les boulons, mais il a surtout cru en moi." Germain, c'est le responsable de la communauté depuis sa création, il y a près de trente ans. Pas question pour lui de se replier sur soi ou d'être assisté. Les activités qui font vivre la collectivité (menuiserie, réparation d'appareils, recyclage…) s'accompagnent d'un engagement social local, mais aussi international, comme au Burkina, où compagnons du Nord et paysans du Sud partagent leurs expériences pour mieux s'enrichir mutuellement.
"Leur dèche m'a mis les larmes aux yeux, se souvient Djigui. Mes soucis sont devenus minimes, dérisoires." En juin dernier, il a accueilli à Pau des paysans venus du Burkina pour les journées annuelles de la solidarité à la communauté. "C'est important d'aller là-bas, mais aussi qu'ils viennent ici. Une relation, ça doit être réciproque." Aujourd'hui, il n'a plus qu'une idée: retourner au Burkina, s'y investir encore plus. "Cette année, j'avais l'impression de revenir chez moi."
Emmaüs Lescar-Pau, chemin Salié 64230 Lescar. Tél.: 05 59 81 17 82, www.emmaus-lescar-pau.com
Yannick Delneste
Alternatives Internationales n° 027 - septembre 2005
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