Haïti La loi du fusil
L'ambassadeur américain à Port-au-Prince a un sens de l'humour très particulier. Interrogé sur l'attitude des ex-militaires haïtiens qui ont contribué à la chute de Jean-Bertrand Aristide en février dernier, il a affirmé que ces soldats s'étaient engagés à abandonner leurs armes, une fois le dictateur renversé. "Et nous savons, a-t-il ajouté, que pour les militaires de tous les pays, l'honneur compte."
Les hommes d'honneur en question, qui comptaient des individus poursuivis aux Etats-Unis pour trafic de drogue, ne semblent pas pressés de lâcher le fusil. D'une part, arguent-ils, la situation sécuritaire du pays reste désastreuse et la police ne peut suffire à la tâche. La multiplication des cambriolages, viols et kidnappings semblerait leur donner raison... s'ils n'étaient eux-mêmes responsables d'une partie de ces exactions.
D'autre part, avancent les ex-militaires, la dissolution de l'armée par Aristide en 1995, qui les a mis au chômage, était inconstitutionnelle. L'Etat leur doit donc dix ans d'arriérés de salaires. Le Premier ministre Gérard Latortue a créé une commission pour discuter de ces revendications. L'ONU, présente en Haïti depuis juin, s'est inquiétée de la lenteur du désarmement qui devrait toucher aussi les partisans d'Aristide. Cette inquiétude est légitime. Tout comme il est légitime de se demander pourquoi la mission de l'ONU à Haïti n'a pas les moyens, ou la volonté, de participer plus activement à cette délicate tâche.


























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