Gaza : les émules de Ben Laden se heurtent au Hamas
Ils se sont baptisés Jaysh al-Islam ("L'armée de l'Islam"), Fatah Al-Islam ou Jound Allah ("les soldats d'Allah"). Ces nouveaux venus dans la nébuleuse des groupes armés locaux marquent l'irruption d'Al-Qaida sur la scène palestinienne. Depuis deux ans, ces groupuscules, qui se réclament du "djihad global", ont essaimé sur le terreau fertile de la bande de Gaza et se posent comme les véritables opposants au Hamas. Dernier en date, Jaysh Al-Ummah ("l'armée de la nation musulmane") a organisé début septembre un entraînement public devant les caméras. Son leader, Abou Hafss, s'en est pris au Hamas, accusé de "ne pas appliquer la charia ni aucun autre ordre islamique". L'homme a été arrêté peu après et le terrain d'entraînement rasé.
Depuis la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas, en juin 2007, ces factions salafistes (1) armées appellent le mouvement islamiste palestinien à proclamer un Emirat sur la bande de Gaza et à lancer une lutte armée sans répit contre Israël. La rhétorique rencontre un certain écho dans les rangs même du Hamas. Dans une vidéo diffusée sur internet et qui a largement circulé à Gaza, Rami Abu Suweirah, membre des Brigades Al-Qassam, la branche armée du Hamas, fait repentance pour avoir appartenu au Hamas et condamne la participation du mouvement islamiste aux élections.
Le cas n'est pas isolé. Un autre déçu du Hamas, Abu SuheibAl-Maqdisi, a créé Syouf Al-Haq ("les épées de la vérité"), groupe qui s'est fait connaître par des attentats contre des cybercafés et des salons de coiffure féminins, symboles de la présence occidentale et de "corruption morale".
Entre le Hamas et Al-Qaida, les différences sont grandes.Contrairement aux partisans du djihad mondial - fonda-mentalement opposés à l'idée d'Etat-nation, fût-il islamique -, le Hamas est d'abord un mouvement nationaliste: sa lutte ne concerne que la Palestine. Il n'a jamais porté d'attaque en dehors du territoire israélien. Il a adopté le recoursaux attentats-suicides en 1994, sept ans après sa création. Il s'agissait, expliqua-t-il, de venger les 29 Palestiniens tués à Hébron par un colon israélien pendant la prière au tombeau des Patriarches. La trêve conclue en juin 2008 avec Israël est inconcevable pour les djihadistes, qui ne pardonnent pas non plus au Hamas ses liens avec l'Iran chiite. Pour l'heure, les actions revendiquées au nom d'Al-Qaida dans la bande de Gaza restent très limitées et un scénario à l'irakienne demeure lointain. Un groupe comme Jaysh Al-Islam, même lié au puissant clan familial Doghmush et rendu célèbre par l'enlèvement du correspondant de la BBC Alan Johnston en 2007, ne dépasse sans doute pas un millier d'hommes. "Le Hamas contrôle Gaza par la force et ces groupes n'ont pas vraiment la capacité de passer à l'action, estime Matti Steinberg, ancien responsable du Shin Bet, service de sécurité intérieure israélien. Mais cela peut changer si le territoire retombe dans l'anarchie. Le bande de Gaza compte de nombreux camps de réfugiés impossibles à contrôler, pour le Hamas comme pour Israël", ajoute-t-il, jugeant un gouvernement Hamas à Gaza préférable au chaos qui pourrait résulter de sa chute.
(1)
Les mouvements salafistes prônent l'imitation méthodique des premiers compagnons du prophète Mahomet. La plupart des salafistes ont une activité religieuse et non militaire. Mais d'autres prônent la lutte armée.Encadré issu de l'article Irak: les milices sunnites retournent leur fusil
Notes
(1)
Les mouvements salafistes prônent l'imitation méthodique des premiers compagnons du prophète Mahomet. La plupart des salafistes ont une activité religieuse et non militaire. Mais d'autres prônent la lutte armée.

























Commenter cet article









