Commerce

Afrique : un pas vers le libre-échange

Les Africains peuvent-ils davantage commercer ensemble, plutôt que de dépendre de leurs exportations vers le reste du monde ? C’est l’objectif que se sont fixé 44 chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Kigali, au Rwanda, le 21 mars dernier, en signant un accord-cadre pour la création d’une zone de libre-échange continentale (Zleca). Pour l’instant, les échanges commerciaux internes à l’Afrique ne représentent que 16 % de son commerce total, surtout constitué d’exportations vers les autres régions de matières premières peu ou pas transformées. 
Les promoteurs de la Zleca estiment que la réduction, voire la quasi-disparition, des tarifs douaniers entre pays africains pourrait booster rapidement leurs échanges et favoriser une industrialisation du continent toujours en panne. Mais le diable est dans les détails techniques qui restent à négocier. Sur les règles d’origine notamment, lesquelles permettent de déterminer dans quelles conditions un produit en partie issu de composants extra-continentaux peut tout de même être considéré comme africain, et donc avoir droit aux tarifs les plus bas. Par ailleurs, certains Etats sont réti­cents face à une baisse générale des tarifs douaniers, car ces taxes aux frontières constituent une part vitale de leurs recettes budgétaires. Enfin, le libre-échange accroîtra la concurrence entre Etats africains, une inquiétude exprimée par les milieux d’affaires et les syndicats du Nigeria notamment. Ce qui a amené ce pays, première économie du continent, à ne pas signer pour l’instant l’accord de ­Kigali.

Contrats aidés

Nouveau coup de rabot

Le secteur non marchand (associations, collectivités locales, établissements publics…) déjà touché en 2017-2018 par la baisse des contrats aidés - 120 000 postes supprimés - devrait subir de nouvelles coupes. Le programme de stabilité pour les années 2018-2022 (voir page 10) présenté par le gouvernement mi-avril à l’Assemblée nationale, prévoit un recul de l’emploi non marchand en 2019 de 25 000 postes en moyenne annuelle, du fait des réductions des enveloppes de contrats aidés. Le gouvernement considère que ces coupes seront compensées par une bonne dynamique de créations d’emplois dans le secteur marchand qui poursuivrait sa progression sur un rythme proche de +225 000 postes en moyenne annuelle : « L’activité serait très légèrement moins allante, mais la bascule du CICE en allègements de cotisations contribuerait à soutenir l’emploi par rapport à 2018 »

A lecture du rapport du comité du suivi du CICE, le chiffre estimé des créations d’emplois réalisés grâce à ce dispositif apparaissait cependant très décevant au regard de son coût astronomique. Ce coût est évalué à 62 milliards d’euros entre 2013 (sa date de création) et 2016. Et avoisinerait 100 milliards à fin 2018. Soit 16,6 milliards par an. Le coût annuel des emplois aidés s’élève de son côté à 3,3 milliards d’euros (pour 497 000 contrats aidés en 2016).

Ces emplois aidés ont cependant été jugés « coûteux » et « pas efficaces dans la lutte contre le chômage » par la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Pourtant, comme nous l’avions rappelé dans un dossier consacré au sujet, les contrats aidés ont aussi une finalité sociale non négligeable pour les personnes les plus éloignées de l’emploi. Et ils contribuent au bon fonctionnement des services publics et des associations qui en ont besoin.

N.K.

Agriculture

Enfin de l’aide pour le bio

1,1 milliard d’euros de crédits sur la période 2018-2022, 15 % de la surface agricole en 2022 (contre 6 % actuellement) et une part de 20 % en restauration collective. Les annonces de Stéphane Travert, le 5 avril dernier, étaient attendues : les enveloppes destinées à financer les conversions toujours plus nombreuses en agriculture bio sont quasiment vides et cela faisait des mois que la profession alertait les pouvoirs publics à ce sujet. Reste à préciser à qui l’argent sera pris pour réaliser ces objectifs nettement revus à la baisse depuis la loi de 2009 (20 % la surface agricole en bio en 2020 et 20 % de bio dans la restauration collective en 2012).

Travail

L’implication des salariés dans les relations sociales diminue

La conflictualité diminue, l’implication aussi. En 2017, 67 % des établissements de onze salariés ou plus des secteurs marchand et associatif sont couverts par une instance représentative du personnel (IRP), selon une étude de la Dares. Dans les autres établissements, c’est la carence de candidatures qui explique - dans un cas sur deux - cette désaffection. L’implication des salariés dans les relations sociales a en effet fléchi : ils ne sont plus que 63 % à avoir voté à des élections de représentants sur trois ans (contre 69 % en 2011) et 22 % à avoir assisté à une de leurs réunions. L’étude pointe aussi une baisse de la conflictualité, imputable à « un environnement économique plus stable et des changements organisationnels moins importants qu’à la fin des années 2000 ».

Pollution lumineuse

L’Etat mis en demeure

C’est une victoire pour les associations de défense de l’environnement. En avril 2017, FNE, la Frapna et l’Anpcen avaient déposé une requête devant le Conseil d’Etat pour dénoncer la non-publication depuis 2010 des arrêtés prévus par la loi Grenelle 2 pour lutter contre la pollution lumineuse. Le 28 mars dernier, l’instance suprême de la justice administrative leur a donné raison. Le  ministre de l’Ecologie dispose d’un délai de six mois pour faire publier ces textes d’application, sous peine d’une astreinte de 500 euros par jour.

Université

Des filières très genrées

55 % des étudiants étaient en 2016 des étudiantes, mais elles sont très inégalement présentes dans les filières de l’enseignement supérieur, selon l’édition 2018 de « Filles et garçons sur le chemin de l’égalité, de l’école à l’enseignement supérieur » (ministère de l’Education nationale). Elles représentaient 85 % des effectifs des formations paramédicales et sociales, 58 % des inscrits à l’université, mais seulement 27 % des élèves en écoles d’ingénieurs. Entre 2013 et 2015, 33 % des femmes sont sorties du système d’enseignement avec un niveau licence ou supérieur, contre seulement 25 % des hommes. Mais trente mois après leur sortie, leurs conditions d’insertion restent moins bonnes. Leurs salaires, en particulier, sont toujours inférieurs à ceux de leurs homologues masculins, quel que soit le niveau de diplôme atteint.
A consulter sur http://k6.re/hX0kx

étude

Une hausse de la taxe foncière aurait des effets très négatifs

Au moment où la taxe d’habitation est progressivement supprimée, les collectivités locales et le gouvernement peuvent être tentés d’augmenter la taxe foncière. Attention, préviennent les chercheurs du Cepii, cela aura des effets très négatifs sur la croissance et le chômage. Une augmentation du prélèvement foncier équivalant à 1 % du PIB entraîne une baisse de ce dernier de 3 % en trois ans. Face à cette baisse de revenus, les ménages diminuent leur consommation et leurs investissements en logement. Cela contribue à réduire les importations (– 11 % en trois trimestres) et le déficit extérieur, et à faire baisser les prix sur le marché immobilier. Mais l’effet keynésien sur la baisse de la demande est le plus fort.

A consulter sur www.cepii.fr

Guyane

Stop à la montagne d’or

Le WWF a lancé une campagne contre le méga projet de mine d’or en Guyane, dit « Montagne d’Or ». Et appelle à signer une pétition adressée au président de la République. La compagnie Montagne d’Or est portée par le consortium des multinationales russe Nordgold et canadienne Colombus Gold.

Situé en forêt amazonienne guyanaise, entre deux réserves biologiques intégrales, ce projet de mine prévoit un déboisement total de 1513 hectares dont une déforestation de forêts primaires, à forte valeur écologique, de 575 hectares, sur un site où plus de 2000 espèces végétales et animales dont 127 protégées ont été inventoriées. Selon l’opérateur, pour extraire l’or, 57 000 tonnes d’explosifs, 46 500 tonnes de cyanure et 195 millions de litres de fuel seront nécessaires sur les douze années que devrait durer l’exploitation. Par ailleurs, les gains pour la France de ce projet à la rentabilité mal assurée seront dérisoires. Le consortium a annoncé 56 millions d’euros de retombées économiques pour le territoire, moins que le coût d’un lycée. Enfin, ce projet devrait absorber 420 millions d’euros de soutien public soit 560 000 euros pour chacun des 750 emplois annoncés.

A.R.

Formation professionnelle

Le ministère du Travail répare la « coquille »

Le cabinet du ministère du Travail a réagi à la publication, hier, sur le site d’Alternatives économiques de la tribune d’Anne Fretel : Formation professionnelle : l’employeur n’est plus responsable de rien. L’économiste, maître de conférences à Lille 1, y dénonçait la suppression, dans le projet de loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », d’un alinéa qui, jusqu’à présent, obligeait l’employeur à remplir un devoir d’employabilité à l’égard des salariés. L’employeur devant ainsi veiller « au maintien de leur capacité à occuper un emploi, au regard notamment de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations ». Anne Fretel soulignait également que le cabinet de la ministre du Travail avait eu connaissance des remontées, par des sources bien informées, de ce curieux oubli, mais que ce dernier avait plaidé la « coquille ». Or jusqu’à la date de publication de cette tribune sur notre site, le 11 avril, le projet de loi, téléchargeable sur le site du ministère, était accessible avec la mention de la suppression de l’alinéa.

Ce jour, le cabinet de Muriel Pénicaud confirme qu’il s’agit d’une « erreur de légistique » : « Il n’y a aucune volonté de faire porter au salarié, et non plus à l’employeur, cette obligation d’adaptation et d’évolution. Le cabinet a prévenu Jean Marimbert, rapporteur à la section sociale du Conseil d’Etat, de cette erreur. Le texte de sortie du Conseil d’Etat ne fera pas mention d’une suppression de cet alinéa 2 ». Dont acte. C’est une bonne nouvelle pour les salariés qui veulent en effet pouvoir se former et « choisir leur avenir professionnel ».

S.F.

Europe

L’exploitation par le travail en hausse

La traite à des fins d’exploitation par le travail s’est aggravée en Europe en 2017, alertent les experts européens de la lutte contre la traite des êtres humains dans le dernier rapport du GRETA (Groupe d’experts sur la lutte contre la traite des êtres humains), publié le 3 avril. Elle est même devenue la forme prédominante de la traite humaine devant l’exploitation sexuelle en Belgique, à Chypre, en Géorgie, au Portugal, en Serbie et au Royaume-Uni. Par ailleurs, l’ensemble des pays membres du Conseil de l’Europe évalués à deux reprises jusqu’ici par le GRETA indiquent que la traite à des fins d’exploitation par le travail « tend à s’aggraver ces dernières années ».

Si les femmes et les enfants sont touchés, les hommes en sont les principales victimes, souvent exploités dans des secteurs d’activité comme l’agriculture, le BTP et la pêche, précise le rapport. Les femmes quant à elles, « tendent à être exploitées dans des cadres plus isolés comme le travail à domicile et la prise en charge de personnes, où elles sont parfois victimes à la fois d’exploitation sexuelle et d’exploitation par le travail ». Les chiffres officiels sous-estiment l’étendue du problème, rappelle le groupe d’experts. « Notre suivi montre que de plus en plus de personnes font l’objet de la traite à des fins de travail dans des conditions révoltantes en Europe, à la fois au sein des frontières nationales et au-delà », déclare Siobhán Mullally, présidente du GRETA.

Le GRETA, qui est chargé de la mise en oeuvre de la Convention du Conseil de l’Europe contre la traite des êtres humains adoptée le 3 mai 2005, se fonde sur un travail de suivi pays par pays et publie un rapport annuel depuis 2012. Avec la ratification par la République tchèque le 29 mars 2017, tous les pays membres du Conseil de l’Europe ont désormais ratifié la Convention, à l’exception de la Russie.

Ca.A.