TRansports

Le projet de deuxième autoroute Lyon - Saint-Étienne enterré

Elisabeth Borne a annoncé mercredi à nos confrères du Progrès que le gouvernement renonce au projet de deuxième autoroute entre Saint-Etienne et Lyon. La ministre des Transports explique cet abandon par la volonté de préserver les terres agricoles et par les incertitudes qui pèsent sur l’accès lyonnais de cette ex-A45, qui devait rejoindre un hypothétique contournement ouest lyonnais, toujours dans les cartons. C’est en tout cas un choix fort de la part du gouvernement, d’autant que le projet était financièrement bouclé. L’Etat consacrera les 400 millions d’euros prévus pour ce projet à « des alternatives routières et ferroviaires », a déclaré la Ministre, suscitant l’ire de Laurent Wauquiez, Président de la région Auvergne – Rhône-Alpes, grand défenseur de ce projet autoroutier.

Emploi

Des robots schumpétériens

Plus ou moins optimistes, les études sur les impacts de la robotisation sur l’emploi se multiplient. Celle du Forum économique mondial parue mi-septembre explique que l’intelligence artificielle détruira des emplois tout en en créant de nouveaux.

Au niveau mondial, 75 millions d’emplois pourraient disparaître d’ici à 2022 dans les domaines de la comptabilité, des centres d’appels ou de l’industrie. Et selon le rapport, plus de la moitié des tâches professionnelles courantes sera assurée par des robots dès 2025. Pour autant, dans les cinq ans à venir, assurent les chercheurs, cette révolution créera 133 millions d’emplois, soit un solde de 58 millions d’emplois nets. Ils notent toutefois que cette quatrième révolution industrielle nécessitera de lourds investissements en formation. A défaut, les inégalités risqueraient de se creuser.

      

Toit citoyen

Prix du livre 2018 sur l’ESS

Le Prix du Livre sur l’Economie sociale et solidaire (ESS), organisé par Le toit citoyen, vient d’être remis, comme chaque année, dans deux catégories1.

Dans la catégorie « Experts », c’est Jean-François Draperi, et ses passionnantes Histoires de l’économie sociale et solidaire (éd. Petits matins, 2017), qui sont récompensées. L’ouvrage raconte la « grande » histoire de l’ESS par de multiples petites histoires d’initiatives marquantes, à travers le monde (voir notre recension de ce livre ).

Dans la catégorie « Témoignages », c’est le tout aussi intéressant ouvrage de Denis Lefèvre, Emmaüs Lescar-Pau (éditions Privat, 2018), qui reçoit le Prix. Le journaliste, qui côtoie depuis plusieurs années le mouvement Emmaüs, relate l’histoire de la communauté de Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, créée en 1982 par un personnage haut en couleurs, Germain. C’est aujourd’hui une communauté particulièrement innovante et militante, très en pointe sur les sujets d’économie circulaire mais aussi de solidarité internationale, et la plus grosse communauté Emmaüs de France, avec 130 compagnons. Elle reste cependant à part, et parfois controversée dans le mouvement.

Des lectures précieuses, qui contribuent à faire connaître l’ESS de manière utile et valorisante, mais ont aussi le mérite de ne pas cacher certaines des « zones d’ombre » du secteur, sans langue de bois.

Camille Dorival

  • 1. Nous précisons que Camille Dorival, directrice des publications d’Alternatives Economiques, fait partie du jury de ce Prix : voir la composition du jury sur www.toitcitoyen.com/economiesociale/ 
Education prioritaire

La famille, meilleure conseillère d’orientation

La mise en place chaotique de Parcoursup a placé cet été au cœur du débat la question de l’orientation des jeunes lycéens. Une enquête de l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev), parue aujourd’hui dans le cadre de la 11ème journée de refus de l’échec scolaire, complète le tableau en s’intéressant aux choix d’orientation des collégiens de milieux défavorisés. Menée en 4ème et 3ème dans les réseaux d’éducation prioritaire REP et REP+, elle questionne le rôle des familles dans les parcours de ces jeunes, qui se confient avant tout à leurs parents (88 % contre 62 % à leur professeur principal et seulement 35 % à leurs autres professeurs) pour y voir plus clair dans leur orientation. 59 % des élèves répondants ont par exemple été aidés par leur famille pour trouver leur stage de 3ème. Et ils sont plus nombreux à avoir eu une idée de métier en regardant des émissions ou séries télévisées (36 %) qu’en discutant avec leurs professeurs (15 %).

Or, 61 % des élèves de REP (et 75 % de REP +) sont des enfants d’ouvriers et inactifs (contre 39 % dans les collèges hors éducation prioritaire), « davantage susceptibles d’être privés des moyens et de l’expérience leur permettant de décrypter le système et les modes d’accès à l’information », souligne l’Afev. Et l’action de ces collèges en matière d’orientation scolaire (organisation de rencontres avec des psychologues de l’éducation nationale, mise à disposition des ressources de l’ONISEP etc.) ne semble pas en mesure de combler cette « limitation des possibles », puisqu’un tiers des jeunes admet ne pas en bénéficier.

A.M.

Pesticide

Le glyphosate dit merci aux députés

Rebelote. Dans la nuit du 14 au 15 septembre, les députés ont une nouvelle nouvelle fois refusé d’inscrire dans la loi la sortie du glyphosate dans les trois ans. Ces députés ont argué, comme en mai dernier, que la promesse du chef de l’Etat d’interdire ce pesticide suffisait. La démission de Nicolas Hulot, favorable à cette inscription dans la loi, et les mauvais chiffres concernant l’utilisation de ce produit classé cancérogène probable n’auront pas réussi à infléchir la position des parlementaires.

La moyenne sur trois ans de la consommation de pesticides a en effet progressé sans discontinuer dans l’Hexagone entre les années 2010-2012 et 2014-2016 (+ 12,5 % sur la période), selon le dernier rapport de suivi du plan Ecophyto, présenté le 27 juillet. Lancé en 2008, ce plan visait une baisse de 50 % en 2018. Ramenée à 25 % en 2020 et 50 % en 2025 lors de la révision intervenue en 2015 (avec le plan Ecophyto II). Espérons que Stéphane Travert, ministre en charge de l’agriculture, lancera Ecophyto III, histoire de poursuivre dans le comique de répétition.

Environnement

Transition énergétique : création d’un observatoire français

L’Observatoire Climat-Energie, développé par le Réseau Action Climat (RAC) et le CLER-Réseau pour la transition énergétique, a présenté ses premiers résultats le mercredi 13 septembre. Cet Observatoire a pour objectif de présenter un état des lieux, via des données accessibles, des trajectoires climatique et énergétique de la France. « Il s’agit, trois ans après le vote de la loi de Transition énergétique et l’Accord de Paris de permettre une évaluation neutre et fiable, basée sur des chiffres officiels » a expliqué Anne Bringault, du Rac et du Clerc (et chroniqueuse pour Alternatives Économiques). Ces chiffres permettent de mesurer l’écart entre les objectifs fixés par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) de 2015 pour l’axe « climat », les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de 2016 pour le volet « énergie », et l’évolution réelle de la situation.

Résultats : les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté en 2016 et 2017 en France, alors qu’elles baissaient plus ou moins régulièrement depuis 2005. Elles dépassent de 6,7 % les objectifs de la SNBC en 2017. Le secteur où l’écart entre l’objectif et les émissions réelles est le plus important est celui des bâtiments (+ 22,7 %), suivi des transports (+10,6 %) de l’agriculture (+3,2 %) et de l’industrie (-0,8 %). Quant à la consommation d’énergie, elle a augmenté et dépasse de 4,2 % la trajectoire de la PPE. La France a un retard de 12,8 % dans la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie et la part du nucléaire est à 2,7 % au-dessus de l’objectif fixé par la loi sur la transition.

Pour en savoir plus : https://www.observatoire-climat-energie.fr/

Conjoncture

Effondrement des créations d’emploi en 2018

Au premier semestre 2018, on a assisté à un plongeon vertical du nombre des créations d'emplois enregistré par l’Insee : fin 2017 on en décomptait 105 000 en un trimestre, mi 2018 on n'en dénombre plus que 12 000, neuf fois moins. 

Dans un contexte de ralentissement de l’économie lié à un petit regain d’inflation, la politique fiscale d'Emmanuel Macron a en effet cassé l'activité au premier semestre en amputant le pouvoir d'achat des Français ordinaires avec la hausse de la Cotisation Sociale Généralisée (CSG) ou celle des taxes sur l’énergie pour compenser les cadeaux fiscaux consentis aux très riches et aux entreprises dans le budget 2018. 

Au second trimestre, l'emploi public a enregistré un recul considérable de -12 000 postes, du fait principalement de la réduction drastique du nombre des emplois aidés, contribuant ainsi sensiblement à la dégradation globale du marché du travail. Mais l'emploi privé a décéléré lui aussi très brutalement : les créations étaient cinq fois moins nombreuses mi-2018 qu’à la fin 2017. Et cela malgré les milliards d'avantages fiscaux et sociaux supplémentaires consentis aux entreprises et les effets des importantes lois de libéralisation du marché du travail adoptées en 2016 puis 2017. 

De plus l'effondrement des créations d'emploi constaté en France n'est pas général en Europe selon les données d’Eurostat. Avec des créations d'emploi trois fois moins nombreuses que la moyenne européenne au premier semestre 2018, la France figure en effet tout en bas du classement dans ce domaine.

Des résultats inquiétants pour un pays qui souffrait déjà d’un taux de chômage plus élevé que la moyenne.

Plates-formes

 Les villes à l’offensive

Face à la difficulté et à la lenteur de la régulation des plates-formes numériques par les Etats, les collectivités territoriales passent à l’action. La ville de New York a voté une loi cet été qui impose un salaire minimum pour les conducteurs de véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) et gèle le nombre de licences de ces derniers. Dans le viseur de la collectivité : Uber et son concurrent Lyft, très présent outre-Atlantique. En freinant la multiplication des VTC, New York entend lutter contre les embouteillages dont ils sont responsables.

La mégapole s’est également attaquée à une autre plate-forme, Airbnb, à laquelle elle impose désormais de lui fournir une liste de tous les hôtes qui proposent un logement dans la ville. L’objectif est de faire appliquer les dispositifs réglementaires en vigueur, notamment l’interdiction de louer un logement pour moins d’un mois si on en est absent. De son côté, Paris avait déjà rendu obligatoire l’obtention d’un numéro d’enregistrement pour proposer des logements, dont la durée de location ne doit pas dépasser 120 jours par an.

D’autres métropoles européennes, comme Berlin ou Barcelone, ont pris des mesures similaires. Les plates-formes se montrent cependant récalcitrantes et Paris, par exemple, a assigné Airbnb en référé pour non-respect de la loi.

RUSSIE

Trop vieux pour travailler

Le Kremlin n’avait pas vu venir le coup. Depuis la fin juillet, son projet de réforme des retraites provoque des manifestations à travers toute la Russie. Cela a été encore le cas le week-end dernier, alors même que se tenaient des élections locales et régionales qui, du coup, n’ont guère mobilisé (30,8 % de participation)

Dans sa version originelle, le texte prévoyait que l’âge de départ à la retraite passerait de 60 à 65 ans pour les hommes à compter de 2028, et de 55 à 63 ans pour les femmes à compter de 2034. Des seuils trop proches de l’espérance de vie moyenne pour les deux sexes (67 ans et 77 ans respectivement), estiment les opposants à la réforme. Face à la levée de boucliers, les autorités ont manié le bâton en emprisonnant Sergei Udaltsov, un activiste de gauche, et la carotte en laissant planer l’éventualité d’un référendum sur le projet, une procédure très inhabituelle en Russie.

Le 29 août dernier, Vladimir Poutine avait lâché un peu de lest, en proposant de ramener l’âge de la retraite à 60 ans… mais uniquement pour les femmes. Un geste manifestement insuffisant pour calmer la colère des russes.

Éducation

CP et CE1 à 12 élèves : ça continue !

Après les classes de CP des REP+, ce sont celles de CP des REP et de CE1 des REP+ qui vont être dédoublées cette rentrée. Présentée comme une des grandes « mesures sociales » du gouvernement, ce dédoublement reste de portée limitée puisque, comme le rappelle le Centre d’Observation de la Société, l’éducation prioritaire ne touche qu’un quart des élèves issus de milieux défavorisés.

Une enquête du syndicat Snuipp-FSU auprès d’enseignants ayant pris en charge une telle classe en 2017 révèle néanmoins une opinion nuancée. D’un côté, les professeurs louent une ambiance apaisée, des apprentissages plus rapides, des élèves plus autonomes. De l’autre, ils se plaignent d’un certain dirigisme et, souvent, d’avoir perdu leur enseignant surnuméraire (dispositif « Plus de maîtres que de classe »), largement plébiscité. De fait, les conséquences du déploiement des dédoublements sur les effectifs des autres classes font partie des inconnues de la rentrée.

A défaut d’effectifs, le gouvernement a annoncé l’instauration d’une prime pour le personnel des établissements REP+ de 1 000 euros nets pour la prochaine année scolaire et de 3 000 euros d’ici à 2020. Une partie de cette prime pourrait être versée au mérite (progrès des élèves, etc.), une perspective qui hérisse déjà les syndicats.