Valeur ajoutée

Les Américains à la diète

La valeur ajoutée d’un pays constitue le gâteau que se partagent les différents acteurs qui ont contribué à la création de cette richesse : les salariés (le facteur travail), les détenteurs du capital et l’Etat (qui prélève des impôts sur la production). Cette répartition occupe, à juste titre, une place importante dans le débat économique car elle a un impact sur le niveau des inégalités. Or, selon une note de la Direction générale du trésor parue le 21 février, ce partage s’est déformé aux Etats-Unis depuis les années 2000. Au détriment des salariés et en faveur du capital. Sur la période 2010 – 2016 les salariés ne captent plus que 57 % de la valeur ajoutée, contre 63 % en moyenne entre 1948 et 2001 – la situation des salariés s’étant tout de même améliorée sous l’effet de la croissance économique. 

Les raisons de cette déformation sont multiples. Les auteurs évoquent notamment l’ouverture au commerce international qui affecte le pouvoir de négociation des salariés, la stratégie de délocalisation des entreprises américaines dans les pays à bas coût, en parallèle du progrès technique et de la baisse du prix des équipements qui encouragent la substitution du capital au travail.  

La place grandissante occupée par des groupes « superstars », qui réduisent les pressions concurrentielles dans certains secteurs des services (traditionnellement dans le secteur numérique mais également de plus en plus dans la communication ou les transports), jouent également dans ce sens : grâce à un pouvoir de négociation accru, elles sont en mesure d’exercer une pression à la baisse sur les salaires réels et redistribuent la valeur ajoutée vers les profits.

Cette évolution n’est cependant pas spécifique aux Etats-Unis : « la fraction du revenu allant à la rémunération des salaires a baissé dans de nombreux pays avancés et émergents, notamment en Chine et au Mexique » indiquent les auteurs, tout comme le soulignait l’OCDE dès 2012. La France, quant à elle, « présente une relative stabilité depuis une vingtaine d’années ».

A.M. 

Economie sociale

La sobriété des salaires de l’ESS

Le cabinet Orientation durable, spécialisé dans le recrutement des cadres dans l’économie sociale et solidaire et la RSE, a lancé sa XXème étude sur les salaires dans l’économie sociale et solidaire. Près de 700 personnes travaillant dans l’ESS, balayant de nombreux niveaux hiérarchiques, ont répondu à un questionnaire envoyé en ligne. Si cette enquête n’a certes pas vocation ni à être exhaustive, ni à être représentative de l’ensemble du secteur, on peut toutefois en tirer quelques enseignements.

Sans surprise, les salaires sont plus élevés dans la banque que dans le domaine de la solidarité ou de l’insertion. Dans ces deux derniers secteurs par exemple, les structures de l’ESS sont largement majoritaires, via notamment les associations. Dans la banque et l’assurance au contraire, les structures ESS sont minoritaires (30 % des structures du secteur, contre 60 % par exemple dans le domaine social). Les structures de l’ESS s’y adaptent aux contraintes de marché pour attirer et fidéliser – notamment au niveau de la rémunération – ses personnels.

Le salaire moyen de l’ensemble des 700 répondants – à très grande majorité des cadres et professions intermédiaires – se situe à 2597 euros mensuel. Le salaire moyen de l’ensemble des cadres se situait en 2015 à 2998 euros mensuel brut en 2015, soit environ 2330 euros mensuel net. Les salaires des professions et cadres intermédiaires dans l’ESS est légèrement plus élevé que dans les structures « traditionnelles », tandis que celui les cadres dirigeants restent relativement sobres. Des éléments structurels peuvent expliquer cette situation. Ainsi, l’agrément « entreprise solidaire d’utilité sociale » est soumise à la condition que la moyenne de rémunération des cinq cadres les mieux payés de la structure ne dépasse pas sept fois le Smic (ou le salaire minimum de la branche s’il est plus élevé).

Au-delà de rémunérations, la fidélisation des salariés de l’ESS passe par la question du sens (travail pour l’intérêt militant, volonté de partager un objectif collectif, etc) qui rend l’engagement dans le travail globalement plus positif (71 % des salariés de l’ESS sont satisfaits de leur travail, même si des phénomènes d’épuisement sont parfois observés).

Magazine

Causette a trouvé un repreneur

Après plusieurs mois d’inquiétudes sur l’avenir de Causette en graves difficultés financières et menacé de fermeture, le magazine a trouvé un repreneur. Comme l’explique Libération, les salariés du mensuel féministe redoutaient également que les exigences financières du co-fondateur et gérant Gérgory Lassus-Debat (800 000 euros pour céder le titre) ne fassent capoter le processus de reprise. Mais bonne nouvelle, lors d’une réunion au tribunal de commerce le 19 février, les différentes parties ont fini par s’entendre autour du projet présenté par LFF Média (qui édite le Film français, Première et Studio Ciné Live) et qui est dirigé par Laurent Cotillon. Il prévoit de reprendre 14 des 18 salariés du mensuel pour un prix d’acquisition de 150 000 euros, tous actifs confondus. La décision devrait être validée par le tribunal le 7 mars prochain.

 

Prud’hommes

Chute spectaculaire des recours

Avec un peu moins de 150 000 nouvelles affaires portées devant les conseils de prud’hommes en 2016, le nombre de recours connaît une baisse de 18,7 % sur un an et de 35 % depuis 2009. L’entrée en vigueur de la rupture conventionnelle individuelle un an plus tôt explique cette chute. La séparation à l’amiable entre salarié et employeur assortie d’une indemnité de départ (voir page 83) permet d’éviter la case contentieux. Mais la loi Macron de 2015 réformant la justice prud’homale contribue aussi à ce recul. La complexité du dossier à remplir et le nombre de pièces à fournir, qui nécessitent plus que jamais l’assistance d’un avocat, dissuadent les justiciables de saisir cette juridiction du travail. A l’avenir, le plafonnement obligatoire des indemnités prud’homales, créé par les ordonnances Macron de 2017, pourrait aussi décourager les demandeurs.

En savoir plus : https://lc.cx/QBEJ

Emploi

Le chômage est en forte baisse... mais pas son halo

C’était la bonne surprise de toutes matinales radio, au JT de 13 heures et dans tous les quotidiens, ce jeudi 15 février : selon les chiffres de l’Insee, le taux de chômage est revenu à son niveau de 2009 ! En chutant de 0,7 point au quatrième trimestre 2017 en France métropolitaine, pour s'établir à 8,6 % de la population active. Sur un an, l’indicateur enregistre une baisse de 1,1 point, soit sa plus forte baisse depuis le premier trimestre 2008. Particulièrement marquée pour les jeunes, cette baisse touche toutes les catégories d’âge et concerne également les chômeurs de longue durée. Une excellente nouvelle, à première vue.

Pourtant, sans être au chômage proprement dit, beaucoup de personnes sont en mal d’emploi : celles qui ne cherchent plus, découragées par le fait de n’avoir rien trouvé d’acceptable ou encore les travailleurs âgés dont les entreprises se sont débarrassées avant l’âge de la retraite… Ces personnes qui souhaitent travailler mais ne sont pas comptabilisées comme chômeuses, constituent le « halo du chômage ».

Et si le taux de chômage a connu une belle chute au quatrième trimestre, dans le même temps le halo du chômage — qui avait diminué de 65 000 personnes au troisième trimestre — a augmenté de 77 000 personnes. Au total, 1,5 million de personnes étaient concernées par cette situation à la fin de l’année 2017. Si l’on y ajoute les personnes en sous-emploi, celles qui travaillent à temps partiel faute de mieux, le nombre des personnes insatisfaites dépasse les 3,5 millions. Signe que la situation du marché du travail est toujours dégradée. 

A.L

éducation

La scolarisation à deux ans réduit-elle vraiment les inégalités ?

La scolarisation des enfants dès 2 ans est généralement vue d’un très bon oeil en matière de lutte contre l’échec et les inégalités scolaires. Mais a-t-elle vraiment les effets escomptés ? Difficile à savoir, selon une note récente de France Stratégie. On ne peut en effet se contenter de comparer les performances des enfants préscolarisés à celles des autres élèves, car leur entrée à l’école à 2 ans peut être le signe d’une précocité intellectuelle, par exemple. Les autres méthodes explorées donnent des résultats divergents : les effets de la scolarisation à 2 ans apparaissent parfois très positifs, parfois légèrement négatifs, parfois… nuls ! Pas de quoi remettre en cause le dispositif, selon l’auteur, mais de quoi s’interroger sur ses modalités et son évaluation.

Pour en savoir plus : « Quand la scolarisation à 2 ans n’a pas les effets attendus : leçons des méthodes d’évaluation », par Arthur Heim, Note de synthèse, France Stratégie, janvier 2018. A consulter sur https://lc.cx/gez8

Apple

Attac dans le collimateur

« Ras le trognon ». Apple ne supporte plus que des militants altermondialistes d’Attac qui repeignent ses façades et investissent ses magasins en criant : « Paye tes impôts ! » La marque californienne a assigné en référé l’association. Elle demande au tribunal de grande instance (TGI) de Paris d’interdire à Attac de pénétrer dans ses magasins pendant trois ans sous peine de se voir infliger 150 000 euros d’amende par violation (à chaque action) et 3 000 euros à payer à Apple. C’est pourquoi Attac a convié aujourd’hui 12 février ses soutiens devant le TGI de Paris, qui rendra sa décision le 23 février prochain. 

En décembre dernier, au moment de la sortie de l’iPhone X, Attac a lancé l’#iPhoneRevolt. Exploitation des travailleurs pauvres, pillage des ressources, obsolescence programmée et optimisation fiscale agressive au détriment des services publics, la campagne égraine les critiques. Apple refuse de payer à l’Irlande, d’ailleurs peu prompte à réclamer la somme, le redressement de 13 milliards d’euros qu’exige la Commission européenne. Et la firme à la pomme réduit toujours presque à zéro les impôts dans les pays où elle exerce ses activités en Europe. Aux Etats-Unis, Apple a annoncé qu’elle paierait 38 milliards de dollars d’impôts grâce à un rapatriement de profits localisés dans les paradis fiscaux.

C.M.

 

Climat

Alpes : le ski en bout de piste

Fonte des neiges, fonte des profits, fonte des emplois ? Le dernier rapport annuel de la Cour des comptes consacre un chapitre à la vulnérabilité croissante des 131 stations de ski des Alpes du Nord  face au réchauffement climatique. La température moyenne a en effet augmenté de plus de 2°C dans la région depuis 1880…

Si dans ce qui fait l’essentiel du domaine skiable français, les stations au-dessus de 1 800 mètres tirent (encore) leur épingle du jeu, la baisse de l’enneigement et du nombre de journées d’ouverture commence ailleurs à mettre nombre de stations et de communes dans le rouge. Et il y a des limites à l’aménagement de nouvelles pistes en altitude ou à l’enneigement artificiel, qui posent par ailleurs nombre de problèmes environnementaux. La diversification des activités et leur développement en période estivale s’impose.

Mais pour se donner les moyens de cette transition, il faudrait que les collectivités locales coopèrent. Aujourd’hui, dénonce la Cour des comptes, 80 % des autorités organisatrices sont des communes. Elles poursuivent des stratégies locales concurrentes et opposent un pouvoir faible et fragmenté vis-à-vis des puissants opérateurs des stations de ski, ce que traduisent des recettes fiscales trop faibles et des durées de concession anormalement longues.

Deal

Téléphonie mobile : l’Etat et les opérateurs trouvent un accord

Un accord de plus pour la couverture mobile du territoire. Au terme d’une négociation qui durait depuis des mois, le gouvernement a réussi à faire signer aux quatre opérateurs mobile (Free, SFR, Orange et Bouygues Telecom) un accord afin de faire disparaître d’ici à 2020 les « zones blanches », c’est-à-dire ces communes rurales et ces hameaux qui n’ont pas accès au réseau. On dénombrerait encore plusieurs centaines de ces territoires dans l’Hexagone. L’autre objectif de l’accord est d’accélérer le déploiement de la 4G, la norme de téléphonie mobile de quatrième génération permettant un accès à Internet à très haut débit. Plus d’un million de Français dans 10 000 communes seraient concernés.

Les opérateurs s’engagent également à couvrir les principaux axes de transport et notamment les 30 000 km de lignes ferroviaires. Cet investissement devrait coûter au total plus de 3 milliards d’euros sur cinq ans et sera financé entièrement par les opérateurs. En échange, l’Etat renonce à mettre aux enchères les fréquences lors du renouvellement des licences d’Orange, SFR et Bouygues prévu à partir de 2021. Grâce à cette procédure, l’Etat avait encaissé 2,8 milliards d’euros lors du dernier appel d’offres en 2015.

Le calendrier est cependant ambitieux : « nous allons faire en trois ans ce que nous avons fait jusqu’ici en quinze ans pour déployer la téléphonie mobile », a d’ailleurs déclaré Julien ­Denormandie, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, dans un entretien au JDD. Le précédent accord signé en 2015 par le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, prévoyait déjà l’élimination des zones blanches… en 2017.

Pour y parvenir cette fois-ci, le gouvernement met en avant les possibles sanctions. En effet, l’Arcep, le gendarme du secteur, également signataire du texte, veillera au respect du calendrier avec la menace de pénalités financières. 

RUSSIE

Syndicat liquidé

Le 10 janvier dernier, un tribunal de Saint-Pétersbourg a décidé de dissoudre l’Association interrégionale des syndicats de travailleurs (AIST), rapporte la fédération syndicale internationale IndustriALL Global Union. Qui précise aussi les divers faits qui lui sont reprochés. L’AIST est notamment condamnée pour avoir mis en ligne une pétition revendiquant l’indexation des salaires dans les entreprises privées sur le rythme de l’inflation. Ce qui en Russie ne se fait pas quand on est un syndicat respectable. Il lui est aussi reproché d’avoir soutenu le mouvement des camionneurs russes qui contestent l’augmentation des taxes dont ils doivent s’acquitter. Une revendication de nature politique et non syndicale, selon les ­magistrats.