Offres vertes

L’Ademe préconise la création d’un label

Direct Energie, Cdiscount Energie, Enercoop, Total... Depuis la libéralisation du marché de l’électricité en 2007, les fournisseurs alternatifs sont de plus en plus nombreux à faire concurrence à l’opérateur historique EDF. Et beaucoup proposent des offres vertes pour essayer de se démarquer. Mais le client soucieux de consommer durable ferait bien d’y regarder à deux fois car certains contrats proposés tirent franchement vers le gris, comme le soulignait l’ONG Greenpeace dans un récent palmarès.

Une part variable de la facture pour les producteurs renouvelables

Décomposition, en euros, des différentes composantes d'une facture électrique (pour un foyer consommant 2400 KWh annuels pour une puissance de 6kVA)

La part de rémunération revenant aux producteurs renouvelables (en vert) varie de 5 € pour une offre verte classique (soit 1 % du total de la facture), contre 131 € (30 % du total de la facture) pour une offre verte dite premium. 

A ce jour, le mécanisme des garanties d’origine (qui permet aux fournisseurs de présenter leurs offres comme vertes, et que nous avons récemment décrypté) « ne contribue pas significativement au développement au développement de nouvelles installations renouvelables en France », indique en effet l’Ademe dans une note sur le sujet parue lundi 3 décembre. Et pour cause : il n’impose pas aux fournisseurs de s’approvisionner physiquement en électricité auprès de fournisseurs renouvelables, mais seulement de leur acheter des garanties d’origine, d’un montant très peu rémunérateur.

La progression de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique (0,7 % en 2005 contre 7,6 en 2017) serait donc surtout liée au soutien public fourni par l’Etat à certains producteurs. Pour susciter l’investissement dans de nouvelles installations, autre que par ce biais, l’Ademe préconise la création d’un label pour objectiver la qualité des offres vertes proposées sur le marché. Elle plaide aussi pour un renforcement du mécanisme d’utilisation des garanties d’origine afin de n’avoir plus, à terme, que des offres impliquant l’achat conjoint de l’électricité et des garanties aux mêmes producteurs (dites « premium »).

Environnement

La France favorise la déforestation via ses importations

Pâte à papier, bois, soja, bœuf et cuirs, cacao, huile de palme, caoutchouc naturel : selon un rapport du WWF, les importations hexagonales de ces produits représentent la mobilisation de 14,8 millions d’hectares de terres à l’étranger, soit la moitié de la surface agricole nationale. Sur ce total, 5 millions d’ha sont exploités dans des pays à risque élevé de déforestation.

A consulter sur : bit.ly/2TemvlH

INEGALITES

Aucun pays n’a de quoi pavoiser

Depuis le début du XXIe siècle, la moitié la plus pauvre de la population mondiale a bénéficié de 1 % de l’augmentation des richesses, alors que le 1 % les plus riches en a capté la moitié. Une fatalité ? Pas pour Oxfam et Development Finance International (DFI), qui ont publié le 9 octobre la deuxième édition de l’indice d’engagement à la réduction des inégalités (ERI) pour 157 Etats à travers le monde. Cet outil n’évalue pas les niveaux d’inégalité, mais bien les actions entreprises par les gouvernements pour réduire l’écart entre les riches et les pauvres. Il se focalise, pour cela, sur trois domaines essentiels : les dépenses sociales, la fiscalité et le droit du travail.

Résultat, le Danemark figure en tête, devant l’Allemagne et la Finlande. A l’autre bout du classement figurent le Nigeria, l’Ouzbékistan et Haïti. « Aucun pays n’a de quoi pavoiser. Même ceux en tête de peloton pourraient mieux faire », nuance toutefois le rapport. Si la méthodologie de l’indice est solide, il présente néanmoins certaines limites. « Un grand nombre de pays riches doivent leur indice favorable à des politiques dont la mise en œuvre remonte à une époque révolue », soulignent par exemple Oxfam et DFI. La France, qui figure à la 8e place du classement, commence ainsi à chuter suite à la réforme de 2017 qui a baissé le taux d’impôt sur les sociétés de 33 % à 28 %, pointent les ONG, qui notent par ailleurs « une tendance mondiale à opter pour des systèmes fiscaux plus régressifs ».

A.M.

Europe

Visas aux plus offrants

Ces immigrés-là sont bienvenus parce qu’ils sont pleins aux as. Des Etats membres de l’Union européenne accordent des droits de résidence, voire leur citoyenneté, à de riches investisseurs sans trop se soucier de savoir si cet argent est le fruit d’activités délictueuses, dénoncent Transparency International et Global Witness. Au hit-parade des pays européens auxquels ces « visas dorés » rapportent le plus, on trouve l’Espagne, Chypre, le Portugal et le Royaume-Uni, estiment les auteurs du rapport, qui se fondent sur les données publiques disponibles dans un domaine où le secret reste largement de mise.

En savoir plus : « European Getaway: Inside the Murky World of Golden Visas », 10 octobre 2018, accessible sur https://bit.ly/2IYSi5h

Epargne solidaire

Manque de transparence

Contenir le réchauffement climatique en deçà de la barre des 1,5 °C implique des ruptures sans précédent, comme l’a récemment souligné le GIEC. A commencer par la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles.

Selon les résultats d’une enquête Ifop pour Vigeo Eiris et le Forum pour l’investissement responsable (FIR), 63 % des Français accordent une importance aux impacts environnementaux et sociaux de leurs décisions de placements. Ils sont aujourd’hui près de 24 millions à posséder un livret de développement durable et solidaire (LDDS)1, pour un encours de 106 milliards d’euros établi en juin 2018. Ces comptes d’épargne réglementée censés – comme leur nom l’indique – financer le développement durable et la solidarité sont rémunérés au même niveau que le livret A (0,75 %) et gérés en partie par la Caisse des dépôts et consignations (CDC), qui collecte 60 % des fonds (40 % restant dans les banques).

Sauf que, « seule une petite partie de cet argent financerait réellement la transition écologique, les travaux d’économie d’énergie dans les bâtiments anciens ou des entreprises sociales et solidaires », souligne Attac et 350.org à l’occasion d’une campagne lancée le 10 octobre, #PasAvecNotreArgent. Son objectif ? Faire en sorte que l’argent placé sur ces livrets soit totalement désengagé des énergies fossiles et des industries toxiques pour le réorienter vers des investissements plus justes. Ce qui implique notamment l’exclusion des 200 multinationales les plus émettrices de CO² dans le monde ; une promesse que ni la CDC ni les banques gérant les livrets de développement durables et solidaires ne sont aujourd’hui en mesure de tenir.

A.M.

  • 1. Ancien livret de développement durable, qui a été étendu à l’économie sociale et solidaire (ESS) en 2017
Démographie

Toujours plus vieux 

Le temps passe, et les Français vivent toujours plus longtemps. En 2017, les personnes décédées avaient en moyenne 79 ans, rapporte l’Insee. C’est quatre ans de plus que la moyenne en 1997, et 11 ans de plus qu’en 1967. La différence reste marquée entre femmes et hommes : en 2017, 60 % des décès féminins ont eu lieu après 84 ans, contre seulement 35 % pour les hommes. La reprise de la hausse de l’espérance de vie - après une légère baisse en 2015 - contraste avec les Etats-Unis, où l’espérance de vie stagne, voire recule, depuis 2014.

Artificialisation

Les zones peu denses trop souvent bitumées

73 % des espaces artificialisés entre 2006 et 2016 se situent dans des zones sans tensions sur le marché du logement. C’est le constat surprenant dressé par le Commissariat général au développement durable (CGDD) dans une étude publiée le 12 octobre. Son objectif ? Identifier les gisements dont nous disposons pour tendre vers l’objectif « zéro artificialisation nette » fixé par le plan biodiversité présenté en juillet. En ligne de mire notamment, la progression du taux de vacance des logements dans l’Hexagone (7,9 % en 2016 contre 6,2 % en 2006). Valoriser 80 % de ce stock permettrait d’économiser pas moins de 2,5 années d’artificialisation, souligne l’étude. Autrement, la part de la surface artificialisée française pourrait passer de 6 à 8 % du territoire d’ici 2030, faisant peser une réelle menace sur l’environnement (perte de biodiversité, hausse des émissions liées aux transports, etc.).

A consulter sur bit.ly/2pYRip8
 

TRansports

Le projet de deuxième autoroute Lyon - Saint-Étienne enterré

Elisabeth Borne a annoncé mercredi à nos confrères du Progrès que le gouvernement renonce au projet de deuxième autoroute entre Saint-Etienne et Lyon. La ministre des Transports explique cet abandon par la volonté de préserver les terres agricoles et par les incertitudes qui pèsent sur l’accès lyonnais de cette ex-A45, qui devait rejoindre un hypothétique contournement ouest lyonnais, toujours dans les cartons. C’est en tout cas un choix fort de la part du gouvernement, d’autant que le projet était financièrement bouclé. L’Etat consacrera les 400 millions d’euros prévus pour ce projet à « des alternatives routières et ferroviaires », a déclaré la Ministre, suscitant l’ire de Laurent Wauquiez, Président de la région Auvergne – Rhône-Alpes, grand défenseur de ce projet autoroutier.

Emploi

Des robots schumpétériens

Plus ou moins optimistes, les études sur les impacts de la robotisation sur l’emploi se multiplient. Celle du Forum économique mondial parue mi-septembre explique que l’intelligence artificielle détruira des emplois tout en en créant de nouveaux.

Au niveau mondial, 75 millions d’emplois pourraient disparaître d’ici à 2022 dans les domaines de la comptabilité, des centres d’appels ou de l’industrie. Et selon le rapport, plus de la moitié des tâches professionnelles courantes sera assurée par des robots dès 2025. Pour autant, dans les cinq ans à venir, assurent les chercheurs, cette révolution créera 133 millions d’emplois, soit un solde de 58 millions d’emplois nets. Ils notent toutefois que cette quatrième révolution industrielle nécessitera de lourds investissements en formation. A défaut, les inégalités risqueraient de se creuser.

      

Toit citoyen

Prix du livre 2018 sur l’ESS

Le Prix du Livre sur l’Economie sociale et solidaire (ESS), organisé par Le toit citoyen, vient d’être remis, comme chaque année, dans deux catégories1.

Dans la catégorie « Experts », c’est Jean-François Draperi, et ses passionnantes Histoires de l’économie sociale et solidaire (éd. Petits matins, 2017), qui sont récompensées. L’ouvrage raconte la « grande » histoire de l’ESS par de multiples petites histoires d’initiatives marquantes, à travers le monde (voir notre recension de ce livre ).

Dans la catégorie « Témoignages », c’est le tout aussi intéressant ouvrage de Denis Lefèvre, Emmaüs Lescar-Pau (éditions Privat, 2018), qui reçoit le Prix. Le journaliste, qui côtoie depuis plusieurs années le mouvement Emmaüs, relate l’histoire de la communauté de Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, créée en 1982 par un personnage haut en couleurs, Germain. C’est aujourd’hui une communauté particulièrement innovante et militante, très en pointe sur les sujets d’économie circulaire mais aussi de solidarité internationale, et la plus grosse communauté Emmaüs de France, avec 130 compagnons. Elle reste cependant à part, et parfois controversée dans le mouvement.

Des lectures précieuses, qui contribuent à faire connaître l’ESS de manière utile et valorisante, mais ont aussi le mérite de ne pas cacher certaines des « zones d’ombre » du secteur, sans langue de bois.

Camille Dorival

  • 1. Nous précisons que Camille Dorival, directrice des publications d’Alternatives Economiques, fait partie du jury de ce Prix : voir la composition du jury sur www.toitcitoyen.com/economiesociale/