Inégalités

La pauvreté fléchit légèrement

Après deux années de hausse, le taux de pauvreté devrait diminuer légèrement, selon l’estimation faite par l’Insee. En effet le taux de pauvreté, à 60% du revenu médian, devrait passer de 14,2% à 13,9%. L’indice de Gini, qui mesure l’état des inégalités de revenus dans la société, devrait diminuer de 0,002 en 2016 pour atteindre 0,290. Ce ne sont encore que des estimations, établies à partir de méthodes de microsimulation, mais si elles se confirment le niveau d’inégalité serait proche de celui d’avant la crise en 2008. 

Cette légère réduction s’expliquerait principalement par les mesures socio-fiscales mises en place en 2016, explique l’institut. En effet, avant redistribution, c’est-à-dire avant le prélèvement des impôts et la distribution des prestations sociales, le taux de pauvreté est quasi stable. Ce sont donc des mesures, comme la prime d’activité, qui ont permis cette réduction. « La prime d’activité cible davantage les actifs les plus modestes que les deux dispositifs précédents et son taux de recours est largement plus élevé que celui au RSA activité », note l’Insee.

J.D.

Psoriasis

Discrimination insidieuse au travail

On connaissait les discriminations liées au physique, notamment à l’obésité ou au handicap. Une enquête de l’association France psoriasis et du laboratoire Celgene diffusée lors de la semaine de la qualité de vie au travail du 9 au 13 octobre annonce des chiffres édifiants : 70% des actifs atteints de cette maladie cutanée génétique (1,5 million de Français sont concernés au total) déclarent avoir subi des moqueries sur leur lieu de travail et des réflexions sur leur manque supposé d’hygiène. 38% disent avoir connu un blocage dans leur carrière et 31% affirment avoir été licenciés ou ne pas avoir vu leur contrat renouvelé.

Les actifs qui souffrent de psoriasis modéré à sévère sont trois fois plus nombreux (18%) à connaître des périodes courtes de chômage (de 1 à 3 mois) que les actifs en général (6%). L’association vient de lancer une campagne pour sensibiliser les entreprises sur cette pathologie – au-delà des manifestations cutanées, le rhumatisme psoriasique provoque des douleurs articulaires - et promouvoir des aménagements de poste lorsque cela s’avère nécessaire.

S.F.

LGBT

Trois victimes de crimes ou délit par jour

C’est une première : le ministère de l’Intérieur publie un rapport détaillé des crimes et délits commis contre les personnes lesbiennes, bi, gays, trans et intersexes (LGBT) dans l’Hexagone. Pour ce faire, le ministère de l’Intérieur a agrégé tous les crimes et délits commis en raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre réelle ou supposée des victimes (selon que la qualification pénale a été retenue lors de la déposition ou que la plainte indiquait certains mots-clés) enregistrés par les forces de police et de gendarmerie. Le bilan est éloquent : en 2016, cela représente 1 084 infractions subies par 1 020 victimes. Soit environ trois victimes par jour.

Le rapport montre que 70 % des victimes déclarées sont des hommes. Parmi les infractions anti-LGBT subies par les victimes, les injures ou les outrages arrivent en tête (32 %), suivies par les violences physiques (24 %). Viennent ensuite les menaces (18 %). Les discriminations constituent 2 % de cet ensemble, et les infractions à caractère sexuel 6 %. Enfin, les victimes de ces infractions sont jeunes : plus de la moitié ont moins de 35 ans, et 30 % entre 15 et 24 ans.

N.W.

Risques chimiques

Des salariés privés de suivi

C’est un coup supplémentaire porté à la santé des salariés. Depuis le 1er octobre, date de l’entrée en vigueur des ordonnances réformant le Code du travail, le compte pénibilité, régulièrement dénoncé par les organisations patronales, est devenu le compte professionnel de prévention. Le changement n’est pas seulement nominatif. Quatre critères ont été écartés : le port de charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les risques chimiques. En retirant ce dernier critère du compte de prévention, le gouvernement dégage les employeurs de leur obligation de rédiger des « fiches pénibilité » permettant la traçabilité de l’exposition des salariés à la présence d’agents chimiques dangereux, relève « Les Echos ». Une mesure qui ne va pas dans le sens des salariés mais qui pourrait également pénaliser l’employeur, qui a l’obligation de préserver la santé de ses salariés, rappelle le quotidien. 

N.W.

Antiterrorisme

L’Assemblée adopte un projet de loi controversé

Voté à une large majorité par les députés mardi 3 octobre, le projet de loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme vise à remplacer au 1er novembre l'état d'urgence décrété après les attentats de novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis. C’est bien ce qui fait bondir les associations de défense des libertés publiques qui dénoncent un texte « liberticide ».  Parmi les mesures les plus controversées, l’inscription dans le droit commun des assignations à résidence sans contrôle d'un juge en amont (il ne pourra intervenir qu’a posteriori), la création de « périmètres de protection » décidés par le préfet ou encore l’obligation faite aux suspects de déclarer tous les identifiants de communication électronique qu’ils utilisent. Cet été, un collectif de neuf organisations (ACAT, Amnesty international, Action droits des musulmans, LDH, Quadrature du Net, Observatoire international des prisons, GISTI, Credof, Human Rights Watch, Syndicat de la magistrature) a demandé « solennellement » au président de la République de « retirer ce projet de loi inacceptable ». Le gouvernement ayant décidé d'utiliser la procédure accélérée, qui réduit le nombre de navettes entre les deux assemblées, une commission mixte paritaire (CMP) Assemblée-Sénat sera convoquée le 9 octobre afin de tenter de mettre au point un texte commun aux deux chambres.

N.W.

Famille

Congé parental : les papas n’embrayent pas

La secrétaire d’Etat Marlène Schiappa a déclaré lundi 25 septembre vouloir mener un « combat culturel » pour encourager les hommes à prendre un congé parental. Mais ce combat risque de s’apparenter à une guerre d’usure, si l’on en croit de récentes données publiées par la Caisse d’Allocations Familiales.

La nouvelle formule du congé parental (désormais appelé PréParE) divise en effet le congé entre les deux parents. A partir du deuxième enfant, la durée maximum du congé passe à 24 mois par parent (contre 36 auparavant), dans la limite du troisième anniversaire de l’enfant. En pratique, cela veut dire que, dans le cas où les parents qui n’avaient pas de mode de garde formel (crèche, nounou), les mères (qui prenaient 95 % des congés parentaux jusque-là) ne pouvaient garder l’enfant que jusqu’à ses deux ans au plus tard, le père devant alors prendre le relais pour garder l’enfant jusqu’à ses trois ans et/ou l’entrée à l’école maternelle.

La réforme étant entrée en vigueur le 1er janvier 2015, cette obligation de partage a commencé à s’appliquer au 1er janvier 2017. Or les statistiques de la Caf révèlent un décrochage brutal du nombre de versements de PréParE à partir de cette date.

Le nombre de congés parentaux pris diminuait depuis plusieurs années, notamment sous l’effet de la baisse du nombre de naissances (environ 50 000 naissances par an en moins en 2016 par rapport à 2010, année « record ») et des (légers) progrès des capacités d’accueil des modes de garde formels. Mais le décrochage lié à la mise en oeuvre de la PréParE est plus net encore : par rapport aux générations précédents, le nombre de versements pour les familles ayant accueilli un enfant en 2015 a diminué de 15,9 % en 2015 et de 11,1 % en 2016, soit bien plus que l’évolution de la démographie. Quant à 2017, le décrochage est d’une ampleur sans précédent, puisque le nombre de versements pour un enfant né en 2015 chute de 40 000 entre décembre 2016 et mai 2017, traduisant a priori le fait que les pères boudent la nouvelle prestation.

De quoi alimenter la critique d’une réforme qui, sous couvert de féminisme, semble avoir été d’abord guidée par des préoccupations budgétaires.

X.M.

Isolement

Les femmes âgées très touchées

Une femme de plus de 75 ans avec des revenus modestes. Tel est le profil type de la personne de plus 60 ans en situation d’isolement, selon une étude des Petits frères des Pauvres dévoilée jeudi 28 septembre. Parmi elles, 67 % ne savent pas à qui se confier, et 39 % seulement d’entre elles considèrent qu’elles ne peuvent s’appuyer pour les aider dans leur vie quotidienne (par exemple en leur demandant de garder leur clé). Au global, un chiffre choc : en 2017, 300 000 personnes de plus de 60 ans ne rencontrent jamais ou très rarement d’autres personnes, que ce soit au sein de la famille, des amis, des voisins ou des associations. « 300 000 personnes, c'est l'équivalent d'une ville comme Nantes », explique le sociologue Michel Billé. « Ne rencontrer quasiment jamais ou très rarement d'autres personnes, c'est une véritable situation de mort sociale ».

Plus d’une personne sur trois de plus de 60 ans ne sort pas tous les jours. Pour lutter contre la solitude et l’isolement, la majorité des sondés (90 %) avancent la nécessité de « maintenir les commerces et services de proximité », « développer des solutions de transports adaptées », et « informer sur les aides et allocations financières ».

L’étude révèle également de fortes disparités territoriales en matière d’isolement. Dans la région des Hauts-de-France, 26 % des plus de 60 ans interrogés se sentent seuls de temps en temps contre 20 % au niveau national. Les habitants de plus de 60 ans de cette région subissent aussi une fracture numérique plus forte qu’ailleurs et sont moins investis dans la vie associative. A l’inverse, seuls 22 % des Franciliens de plus de 60 ans n’utilisent jamais Internet. A Paris, les personnes interrogées sont aussi moins préoccupées par la solitude et l’isolement.

L’étude insiste sur les deux « piliers forts » : la famille et les amis. « L’amitié est une valeur sûre » qui « résiste de façon extrêmement surprenante », expliquent les auteurs de l’enquête, qui insistent par ailleurs sur l’importance du « cercle familial proche où la solidarité se resserre », en particulier après 80 ans. Point positif, 62 % des 80 ans et plus voient leurs enfants une à plusieurs fois par semaine (contre 49 % pour les 70-79 ans).

N.W.

Contrats aidés

Vers une baisse des subventions ?

Cet été, les annonces du gouvernement sur la baisse des contrats aidés – 200 000 seront financés en 2018 contre 320 000 en 2017 – ont suscité un fort émoi dans le monde associatif et les collectivités locales qui se sont organisés pour interpeller l’exécutif. Assortis d’une formation, ces contrats seront désormais ciblés sur les jeunes et les chômeurs de longue durée, réservés au secteur non-marchand et axés sur quatre domaines : urgence sanitaire et sociale, accompagnement des élèves handicapés, Outre-mer et zones rurales.

Jeudi 22 septembre, le Premier ministre a ajouté un motif d’inquiétude supplémentaire. Dans le secteur non-marchand, le taux moyen de prise en charge par l’Etat des contrats aidés sera fixé à 50% du smic horaire brut. Certes, ce montant n’évolue guère. Mais jusqu’à présent, les préfets avaient toute latitude pour augmenter ce taux de prise en charge en fonction du profil du bénéficiaire : décider par exemple qu’elle atteindra 75 % du smic horaire brut pour un demandeur d’emploi de longue durée ou de plus de 50 ans en Contrat unique d’insertion dans le secteur non-marchand (CUI-CAE). Mais l’annonce d’Edouard Philippe contient une « zone de flou », constate Laurent Pinet, vice-président de Coorace. « Certains ont compris que désormais la prise en charge serait bloquée à 50 %, d’autres qu’une modulation serait encore possible par les préfectures. En tout état de cause, nous avons besoin d’éclaircissements. Il faudrait également que s’ouvre une ronde de négociations autour des contrats aidés. Les acteurs de l’économie sociale et solidaire ont plein d’idées pour faire autrement et mieux ». De son côté, l’Union des employeurs de l’économie solidaire rappelle que 460 000 personnes ont été embauchées en 2016. « Comment se satisfaire de 200 000 emplois aidés pour l’année 2018 avec un taux moyen de prise en charge de 50% ? », se demande l’Udes.

S.F. 

CONTRACEPTION

Toujours moins de pilule

Quatre ans après, la « crise de la pilule » continue de faire effet sur les pratiques contraceptives féminines. Suite à la plainte d’une jeune femme contre un laboratoire, le ministère de la Santé avait décidé début 2013 de ne plus rembourser les pilules de troisième et quatrième générations.

A l’occasion de la journée mondiale de la contraception qui se déroule aujourd’hui, Santé Publique France a publié les données du « Baromètre santé 2016 ». Elle confirme le reflux progressif de la pilule. Si cette dernière reste le moyen le plus fréquent de contraception, elle n’était plus utilisée que par une femme sur trois en 2016, contre quatre sur dix en 2010. Cette baisse profite en premier lieu au stérilet (DIU), et secondairement au préservatif et à l’implant, dont les fréquence d’utilisation augmentent nettement sur la période. Les autres méthodes (patch/anneau, diaphragme, cape, retrait...) restent rares.

La portée de ces évolutions varie cependant selon l’âge. Chez les 15-19 ans et les 45-49 ans, les schémas contraceptifs ont en fait peu évolué entre 2010 et 2016. Entre ces deux bornes, le recul général de la pilule se combine, chez les 20-24 ans, d’une nette hausse de l’usage du préservatif et de l’implant. Entre 25 et 29 Ans, outre le préservatif, c’est essentiellement vers le DIU que se tournent de plus en plus fréquemment les femmes. Le même DIU devient même le premier moyen de contraception chez les 30-44 ans, qui sont désormais plus d’un tiers à l’utiliser (elles n’étaient qu’un quart en 2010). Le nombre de femmes déclarant n’avoir recours à aucune méthode baisse par ailleurs à tous les âges.

X.M

Uber

Out of London

Défaite pour Uber et victoire pour les taxis londoniens. La plate-forme de VTC a vu sa licence non-renouvelée par l’autorité des transports de la capitale britannique. L’entreprise a fait appel de cette décision et elle ne devrait donc cesser son activité qu’une fois que la justice aura statué sur son sort.
La Transport for London (TFL) reproche à Uber « un manque de responsabilité d’entreprise sur un certain nombre de sujets qui ont des conséquences potentielles sur la sûreté et la sécurité du public ». En cause notamment : la façon dont sont produits les certificats médicaux déclarant les chauffeurs aptes à la conduite et au service. 
Le patron d’Uber à Londres s’est dit abasourdi par cette décision et a critiqué le fait que cette décision allait mettre 40 000 chauffeurs au chômage. Ce revers pour l’entreprise illustre cependant l’insécurité juridique sur laquelle se développe son activité. 
Alors que l’entreprise est encore loin d’être rentable et qu’elle est fortement critiquée par une partie des opinions publiques de certains pays, un tel revers pourrait inciter d’autres grandes villes à suivre Londres. Son modèle économique, qui n’a pas encore fait ses preuves, s’en trouverait mis en cause.  
Uber enchaîne les déboires depuis plusieurs mois. Son patron-fondateur, Travis Kalanick, a dû quitter l’entreprise, la culture d’entreprise ayant été taxée de sexiste.