Vidéos : quelle politique étrangère pour demain ?
Vincent Grimault
Article Web - 20 mars 2012
Le 6 mars 2012, à l'occasion du dixième anniversaire d'Alternatives Internationales, un débat sur la politique étrangère de la France était organisée avec les interventions de Pascal Canfin, député européen EELV, Jean-Louis Bianco, député des Alpes-de-Haute-Provence PS et Jean-Louis Bourlanges, ex-député européen UDF (1989-2007). Compte-rendu en images…
Il y a dix ans, Alternatives Internationales voyait le jour, dans un contexte international extrêmement tendu. Une décennie plus tard, pour son anniversaire, le journal organisait le 6 mars 2012 à la mairie du 3e arrondissement de Paris un débat qui avait pour thème : « Quelle politique étrangère pour la France de demain ? » Avec bien sûr en toile de fond, l'élection présidentielle française. Au-delà de ce scrutin cependant un constat s'imposait aux participants : 10 ans après la naissance d'Alternatives Internationales, les tensions mondiales n'ont que peu reculé par rapport à la situation de 2002, mêmes si leur épicentre s'est déplacé.
Trois sujets ont été abordés lors de cette soirée au centre des débats. Tout d'abord, c'est le dossier européen qui a concentré les prises de parole. Avec cette question directe de Yann Mens, rédacteur en chef d'Alternatives Internationales et modérateur du débat : faut-il renégocier le traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) au sein de l'Union économique et monétaire, comme le propose François Hollande ?
Pour Jean-Louis Bourlanges, ancien député centriste européen (1989-2007), la réponse est négative. Ce dernier approuve l'argumentaire allemand consistant à limiter les dépenses publiques et à rester maître de la dette. Pour lui, il en va de la crédibilité de la France sur la scène européenne. Dans cette optique, il assure que la position française doit être celle de l'acceptation des traités et de la rigueur budgétaire. Déplorant la fracture idéologique entre Européens keynésiens (plutôt au Sud) et ordo-libéraux (plutôt au Nord) qui empêche de trouver des points de consensus, il ne désapprouve cependant pas François Hollande dans sa volonté de faire pression sur le Vieux Continent pour adopter des mesures destinées à relancer la croissance. Cependant, il considère qu'il ne faut pas renégocier le traité comme le propose le candidat socialiste, mais le compléter avec des ajouts législatifs. Enfin, il estime que la Banque centrale européenne (BCE) est défaillante et qu'elle doit avoir comme rôle celui du prêteur en dernier ressort.
Jean-Louis Bourlanges : L'endettement de la… par alternativeseconomiques
Jean-Louis Bianco, député socialiste et membre de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale estime quant à lui que le traité européen n'était pas nécessaire, les parlements nationaux ayant pris à bras-le-corps le problème de la dette. Il affirme ainsi qu'une renégociation du traité est indispensable, afin de donner à l'Europe un nouveau souffle face à la persistante défiance des Européens vis-à-vis de leurs institutions. Plaidant pour un « fédéralisme de projet », il appelle l'Europe à s'unir sur des questions telles qu'une politique énergétique commune. Et s'il accepte la discipline budgétaire, il dénonce le fait que les parlements nationaux puissent être court-circuités en termes de politique économique, en témoignent les cas grecs et portugais dont la situation est loin d'être réglée.
Jean-Louis Bianco : Il faut renégocier le traité… par alternativeseconomiques
Concernant le rôle de la Banque centrale européenne, il estime que malgré ses statuts lui interdisant de jouer le rôle de prêteur en dernier ressort, l'instance a eu un rôle plutôt positif durant la crise. En prenant des décisions parfois à la limite de ses prérogatives, la BCE a pour Jean-Louis Bianco permis d'éviter une récession plus sévère encore en Europe. Pour lui, il faut donc se satisfaire en silence de son action plutôt pragmatique et ne pas réclamer de réforme de l'institution au risque d'éveiller des critiques venant d'outre-Rhin en la matière.
Cette analyse est partagée plus tard par Pascal Canfin, député européen Europe Ecologie - Les Verts qui s'exprime en dernier sur la question. Il estime que François Hollande a tort de vouloir renégocier le traité en question, car l'Europe doit avancer malgré des réticences de certains Etats. Pour autant, il appelle le candidat à maintenir la pression pour compléter le traité européen grâce à deux armes. La première concerne la menace de non-ratification du traité par le Parlement français si aucun complément n'est apporté. La seconde concerne la négociation de compléments législatifs. Deux textes – dits « two pack » – qui conduiraient à inscrire la « règle d'or » dans l'ordre juridique interne des différents Etats membres, avant que les citoyens de chacun de ces Etats aient pu, par voie parlementaire ou référendaire, ratifier le TSCG sont en effet actuellement en cours de négociation au Parlement européen. Il faut retarder leur adoption pour éviter ce cas de figure. Il qualifie d'ailleurs ce dernier « d'opération de relation publique et de communication » orchestrée, d'une part, par Angela Merkel pour prouver à l'opinion publique allemande qu'elle a obtenu des garanties de discipline budgétaire et, d'autre part, par Nicolas Sarkozy pour affirmer son volontarisme face à une gauche française très divisée sur la question.
Il note cependant que l'Allemagne a consenti des efforts en termes de solidarité et de relance qu'il faut encourager en défendant des investissements Verts que les allemands sont susceptibles d'accepter. Enfin, fidèle à son cheval de bataille, Pascal Canfin plaide pour une véritable taxe sur les transactions financières et une lutte contre les paradis fiscaux, estimant le manque à gagner pour les finances publiques sur ce point précis à 30 milliards d'euros pour la France et 50 milliards pour l'Allemagne. Il défend enfin l'idée qu'il faut aller vers une harmonisation fiscale, notamment avec l'Allemagne qui a de fortes similitudes avec l'Hexagone. Pour lui, il faut donc assumer temporairement des « coopérations renforcées » entre certains Etats, quitte à ce qu'il y ait durant une période transitoire une Europe à deux vitesses en la matière.
Yann Mens relance alors les débats sur un sujet plus lointain et douloureux : la situation syrienne. Là encore, une question directe est posée aux intervenants : Faut-il armer les rebelles ?
Jean-Louis Bianco n'apporte pas de réponse définitive à la question. Il dénonce d'emblée les freins que posent la Russie et la Chine à la dénonciation des agissements du régime syrien. Le responsable socialiste défend cependant l'importance de la mise en place d'un corridor humanitaire protégé par des forces militaires. Pour lui, deux choses sont possibles, bien qu'il concède qu'elles ne soient que des solutions partielles et probablement sans effet notoire à court terme : menacer les dirigeants syriens de poursuites devant le Tribunal pénal international (TPI) et discuter avec les rebelles.
Pascal Canfin propose quant à lui une autre solution qui consiste à confier le rôle moteur à la Ligue arabe. Si celle-ci décide d'une intervention militaire, il est pertinent d'armer les rebelles dans ce cadre précis, et non pas sous l'égide de l'ONU. Cette idée est d'ailleurs partagée à titre personnel par Jean-Louis Bianco. L'Eurodéputé Vert se place par ailleurs dans une vision de long terme en défendant une réforme du Conseil de sécurité de l'ONU, notamment par un élargissement aux puissances émergentes (Brésil, Inde, Afrique du Sud). Dans cette logique, il plaide pour l'abandon par la France de son droit de veto au sein du Conseil de sécurité en tant que membre permanent. Si François Hollande est contre cette idée, Jean-Louis Bianco ne s'y oppose pas dans une perspective de long terme, à la condition que les quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Royaume-Uni, Chine et Russie) en fassent de même.
Dans un autre registre, Pascal Canfin insiste sur la situation de dépendance au gaz et pétrole dans laquelle se trouve la France en termes relations internationales. Rappelant que l'Europe est le seul continent qui ne dispose pas d'énergies fossiles, il insiste ainsi sur la nécessité d'engager une transition énergétique. Libéré de cette dépendance aux énergies, les relations diplomatiques seraient pour lui facilitées.
Le dernier sujet discuté concerne l'acquisition possible par l'Iran de l'arme nucléaire, et les menaces proférées par Israël qui exclut de moins en moins une attaque militaire. Yann Mens demande alors quelle attitude la France devrait adopter en pareil cas : Soutien ? Participation ? Regrets hypocrites ?
Jean-Louis Bianco connaît le sujet pour avoir présidé une mission parlementaire de l'Assemblée nationale sur l'Iran. Pour lui, la mise au point de programmes nucléaires militaires de Téhéran ne fait aucun doute. Il précise ainsi qu'au sein des missions parlementaires, si certains élus étaient à l'origine sceptiques sur la véracité d'une mise au point de programmes nucléaires militaires, tous en étaient convaincus à l'issue de la mission. Félicitant M. Obama pour sa main tendue vers l'Iran, le député socialiste regrette, d'une part, qu'elle n'ait pas été saisie par Téhéran et, de l'autre, que Barack Obama ait finalement durci le ton le 5 mars dernier lors de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. S'il concède qu'il est inquiet de la tournure que prend la situation et qu'il n'a pas de solution miracle, Jean-Louis Bianco dénonce toute intervention israélienne. Il appelle à maintenir le dialogue avec Téhéran, notamment avec les milieux d'affaire, et appuie l'idée d'un enrichissement du nucléaire civil iranien dans un pays tiers (comme la Russie l'a proposée par le passé) qui s'assurerait ainsi de la bonne utilisation de l'atome.
Pascal Canfin dénonce quant à lui « une situation incroyablement hypocrite ». Il regrette en effet que l'on se félicite, d'une part, de la vente d'armes en Inde (récemment le Rafale) ou au Pakistan (tous deux détenteurs de l'arme nucléaire parce que comme Israël, ils n'ont pas signé le traité de non-prolifération) et que l'on dénonce, d'autre part, l'acquisition probable par Téhéran de l'arme atomique.
Elargissant son propos, l'eurodéputé Vert dénonce le « national-présidentialisme » français qui apparaît de façon claire durant les campagnes présidentielles. Condamnant le modèle encore très prégnant de la « Françafrique », il voudrait que la politique étrangère soit menée de façon radicalement différente. Il s'agirait de la soumettre à un plus grand contrôle du Parlement français et de la mener de plus en plus à l'échelle européenne.
Réagissant à ces propos, Jean-Louis Bianco prend alors des engagements très clairs : « Sur la Françafrique, […] si François Hollande est élu Président, cela changera […]. Cela veut dire deux choses. D'abord, supprimer la quasi-totalité, sinon la totalité des bases militaires françaises en Afrique. Ensuite, rendre publics les accords de défense qui ont été signés au moment des indépendances et qui au nom d'une prétendue protection des régimes face à des agressions extérieures nous entraînent dans des guerres civiles et nous conduisent à prendre des positions intenables. […] Il faut que la France soutienne le combat judiciaire qui est mené en France contre les bien mal acquis par plusieurs chefs d'Etat africains, car des milliards et des milliards sont sortis de ces pays-là pour alimenter les comptes bancaires de leurs dirigeants en Suisse, au Lichtenstein ou ailleurs […]. »
Les deux intervenants se prêtent enfin au jeu des questions-réponse avec un public composé d'environ 140 personnes. Au menu de ces échanges : la réglementation du commerce d'armes, l'existence ou non d'une opinion publique européenne, le rôle du Parlement dans la conduite de la politique étrangère, l'Union pour la Méditerranée, la politique énergétique, le budget de la défense nationale et, enfin, les risques de la militarisation des corridors humanitaires (notamment en Syrie).
Vincent Grimault
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