Commerce équitable : la coopérative Kuapa Kokoo |
Antoine de Ravignan
Alternatives Internationales n° 014 - mai 2004
Le commerce équitable souffre d'un handicap majeur: l'étroitesse de son marché. Les garanties de prix apportées par Max Havelaar et autres labels solidaires ne concernent qu'une minorité de producteurs. Et dans un même pays, telle organisation paysanne jouira de prix élevés grâce à ses liens privilégiés avec des ONG du Nord, quand la plupart des autres restent exposés au yo-yo des cours internationaux. Au Ghana, l'aventure de Kuapa Kokoo, principale coopérative de planteurs de cacao, démontre qu'il est pourtant possible d'agir à une échelle significative.
Créée en 1993, avec l'appui de l'ONG britannique Twin, à l'occasion de la libéralisation de la filière, Kuapa Kokoo est directement gérée par les producteurs. Elle gère le ramassage des fèves et le paiement des planteurs au prix fixé par l'Etat. Finies les arnaques au moment de la pesée des sacs dont souffraient les paysans à l'époque où l'Etat administrait toute la filière, et dont se plaignent encore ceux qui ont affaire à des compagnies privées. La gestion transparente et démocratique de la coopérative a été une clé de son essor: elle regroupe 45000 membres et elle est devenue le quatrième acheteur de cacao du pays. Le succès est tel que la coopérative ne peut plus faire face à la demande d'adhésions nouvelles. Elle voudrait créer une seconde organisation, mais les moyens financiers font défaut.
Dès son lancement, Kuapa Kokoo a cherché à écouler une partie de sa production via les filières de commerce équitable. Celles-ci représentent une part modeste de l'activité: 500 tonnes en 1996, 1030 en 2003, moins de 3% des livraisons totales. Mais tous les adhérents en profitent. Les administrateurs élus votent la répartition de la plus-value du cacao solidaire entre une prime de fin de campagne, allouée aux paysans en sus du prix payé par l'Etat, et des projets collectifs. Compte tenu du grand nombre d'adhérents, la prime individuelle est minime: en 2003, elle se montait à 0,5% du prix d'un sac de cacao au tarif officiel. Plutôt que de l'augmenter - elle resterait de toutes manières très faible -, la coopérative préfère employer ces ressources additionnelles pour financer des biens utiles à tous. En 2003, 13 millions d'euros ont été investis pour construire deux écoles, quinze systèmes d'adduction d'eau et financer des programmes en faveur de l'activité économique des femmes (artisanat, production d'huile de palme…) Les communautés villageoises sont éligibles en fonction de leur ancienneté dans la coopérative et du degré d'urgence de leur projet, mais aussi de leur capacité à le réaliser. Depuis sa création, Kuapa Kokoo a ainsi financé 122 actions de développement dans l'ensemble des districts où elle est présente.
Antoine de Ravignan
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