Campagne présidentielle : où sont les idéee pour l’Europe ?
Christian Lequesne, directeur du CERI
Article Web - 04 avril 2012
- François Hollande : des idées... pour l'Europe , Alternatives Internationales n° 054.
- Pourquoi l'Europe ne parle pas français , Alternatives Economiques Poche n° 055.
- Europe : les ambiguïtés françaises , Alternatives Economiques n° 312.
- Vidéos : quelle politique étrangère pour demain ?
Si l’Union européenne est présente dans la campagne au travers de la crise économique et financière, les principaux candidats, encore traumatisés par le référendum de 2005, n’en parlent qu’avec une extrême prudence et sans propositions fortes.
Par ses effets sur le quotidien économique et social des Français, l’Union européenne relève davantage de la politique interne que de la politique externe désormais. Dans cette campagne présidentielle dominée par l’économie, il est logique donc que la politique européenne joue un rôle. Pour autant, aucun candidat modéré n’affiche de propositions fortes sur l’Union. Le souvenir du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel est encore trop frais. Ce dernier avait en effet révélé que les clivages sur l’Europe passaient à l’intérieur des familles politiques, et non entre la gauche et la droite. D’où un maniement difficile du sujet pour les candidats. Même François Bayrou, pourtant héritier du centre droit pro-européen, ne se risque plus à avancer l’objectif du fédéralisme… Il n’y a que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon pour oser, chacun dans son registre, des affirmations fortes sur l’Europe.
La gestion de l’eurozone donne lieu dans la campagne à des appréciations contrastées. Le camp sarkozyste a clairement épousé la position de Berlin pour qui il ne peut y avoir de croissance sans discipline budgétaire préalable. Les résultats de l’économie allemande en 2011 inspirent le président-candidat français : 3 % de croissance avec un déficit public réduit à 1 % du produit intérieur brut (PIB). Cela explique la signature le 2 mars 2012 du traité de stabilité budgétaire prévoyant l’introduction de la « règle d’or » dans les Constitutions nationales. A gauche, l’idée de se priver de croissance pour avoir la rigueur des finances publiques ne convainc pas. Et François Hollande a immédiatement fait savoir qu’il renégocierait le traité de stabilité budgétaire s’il était élu. Mais son entourage est plus modéré. Pierre Moscovici ou Elisabeth Guigou parlent seulement d’ajouter un engagement en faveur de la croissance, ce qui pourrait se matérialiser par une simple déclaration française entérinée par le Conseil européen. Une déclaration qui aurait une valeur politique, mais ne serait pas juridiquement contraignante.
A l’exception de Marine Le Pen, favorable à une sortie de l’euro et de la politique commerciale commune, les autres candidats ne proposent pas de mesure aussi drastique. Tous sont favorables à la poursuite de l’euro. Sur le plan commercial, les tentations protectionnistes sont de retour, mais dans un cadre européen. Nicolas Sarkozy comme François Hollande parlent de respect de la réciprocité en ne condamnant pas le libre-échange dans son principe. François Bayrou dit de même. Quant à Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly, ils insistent surtout sur le refus du commerce des émergents qui à leurs yeux est faussé par le non-respect des règles sociales et environnementales.
Au-delà de la thématique économique, peu de propositions se distinguent. L’opinion publique a retenu le discours de Nicolas Sarkozy à Villepinte appelant à un rétablissement des contrôles aux frontières internes, si l’accord de Schengen ne permettait pas de mieux sanctionner les Etats défaillants en matière de contrôle. La rhétorique est évidente ; elle vise à s’assurer des reports de voix des électeurs de Marine Le Pen, qui, elle, parle bien de rétablir physiquement les guérites aux frontières. A gauche, la contestation de Nicolas Sarkozy a d’ailleurs été discrète, car François Hollande est bien conscient qu’il ne peut pas prendre le contre-pied du discours sécuritaire.
La grande absente de la campagne présidentielle est la politique extérieure de l’Union européenne, et plus encore la politique de sécurité et de défense. Aucun candidat ne parle d’augmenter sensiblement les budgets de la défense – national et européen – pour assurer une meilleure présence de l’Europe dans le monde. Pour autant, le retour de la France décidé par Nicolas Sarkozy en 2009 n’est nullement remis en cause par le candidat socialiste. François Hollande parle simplement d’un nécessaire audit. Aucune nouvelle réflexion non plus sur la mondialisation économique, notamment au travers de la relation avec les BRICS (Brésil, Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud). Certes, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en parlent comme du mal absolu dont il faut se protéger par davantage d’Etat. En revanche, les candidats modérés sont incapables d’articuler un discours positif sur la mondialisation qui donnerait un rôle protecteur à l’Europe.
Il est peu question, donc, de propositions innovantes sur l’Union dans la campagne présidentielle. Pour autant, à l’exception de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan, aucun candidat ne condamne l’Europe de façon systématique. L’Union européenne est présentée comme devant colmater les brèches, plutôt que comme une projection dans l’avenir.
Christian Lequesne, directeur du CERI
Article Web - 04 avril 2012
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