Assurance maladie : la nouvelle carotte du patronat
Philippe FREMEAUX
Alternatives Economiques n° 199 - janvier 2002
Après avoir quitté les conseils d'administration des différents régimes de Sécurité sociale fin septembre, le Medef a proposé le mois dernier son projet pour l'assurance maladie. Sachant l'attachement des Français à un système de soins offrant le même accès à tous, Denis Kessler, vice-président de l'organisation patronale, ne conteste pas qu'il revient à l'Etat de définir les soins qui doivent être couverts. En revanche, il conteste l'efficacité du monopole exercé par la Cnam en matière de gestion de l'assurance maladie de base. Il propose donc de permettre aux compagnies d'assurance privées de la concurrencer. Les différentes compagnies - privées ou mutualistes - établiraient des conventions avec des offreurs de soins, dont les médecins de ville, comme le font les HMO aux Etats-Unis (1). De quoi introduire les saines vertus de la concurrence, les gestionnaires proposant le meilleur rapport qualité-prix faisant le plus de profit.
Mais Denis Kessler laisse dans l'ombre quelques points essentiels. Comment vont être financées les prestations? Dans son esprit, les entreprises doivent pouvoir mettre en concurrence les assureurs et négocier des contrats collectifs. Il serait alors logique que le financement du système soit assuré par des cotisations sociales, et non par l'impôt ou la CSG. Or, le Medef veut donner aux employeurs le choix des prestataires, tout en laissant à l'Etat la responsabilité du financement. En outre, si différents réseaux de soins sont mis en concurrence, non seulement les patients n'auront plus le libre choix de leur médecin ou de leur lieu d'hospitalisation, mais il est naïf de penser que les soins demeureront durablement les mêmes pour tous. Les plus grandes entreprises chercheront à attirer la main-d'oeuvre en proposant des contrats d'assurance maladie plus "généreux", quitte à payer de leur poche. Inversement, les salariés des PME n'auront accès qu'au panier de soins de base.
(1) Health Maintenance Organizations. Voir, à ce propos, "Etats-Unis: mieux vaut être riche et bien portant", Alternatives Economiques n° 185, octobre 2000.
Philippe FREMEAUX
Alternatives Economiques n° 199 - janvier 2002
Notes
(1) Health Maintenance Organizations. Voir, à ce propos, "Etats-Unis: mieux vaut être riche et bien portant", Alternatives Economiques n° 185, octobre 2000.
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